L'affaire Klaus Ross ne fait que commencer 

Début août 2016, la période estivale étant parfois avare de grands événements, la presse teutonne consacra sa une sur les pratiques d'un naturopathe  du nom de Klaus Ross.

Klaus Ross était le créateur et responsable  du  "centre Klaus Ross pour un traitement alternatif  du cancer", à Brüggen à quelques kilomètres de Mönchengladbach, la grande ville célèbre pour son club de football et son magnifique monastère datant du Xème siècle. Le praticien et son équipe prétendaient être capables de guérir n'importe quel cancer même à un stade avancé en utilisant une médecine "naturelle".
Pour se faire connaitre, Ross avait misé sur le web et plus particulièrement sur les réseaux sociaux. Sur le site internet du centre médical, l'Allemand  apparait sous des traits affables, souriant, vêtu d'une blouse blanche, le stéthoscope autour du cou. Sa présentation est quasiment hagiographique : diplômé en technologies biomédicales à l'Université de Giessen,  son mémoire de fin d'études pour lequel il a reçu la mention  cum laude  avait pour titre : "Medical biofeedback and response in the low frequency scale". Il travaillera durant vingt ans comme responsable d'une entreprise fournissant du matériel médical de pointe aux services de soins intensifs. Puis, il suivra une formation de trois années pour devenir naturopathe.  Avec cette formation, il ouvrira son le centre portant son nom, un petit péché d'orgueil démontrant un ego surdimensionné… En dehors de son travail de thérapeute alternatif, il était également le collaborateur d'un médecin ostéopathe.
Indubitablement, l'homme inspirait la confiance. Mais il faut toujours se méfier des apparences…
L'affaire "Klaus Ross" commença le 30 juillet 2016 lorsqu'une patiente hollandaise de 43 ans traitée dans ce centre décéda. La mort parut suspecte à la Justice allemande qui entama une enquête. Les policiers eurent la stupéfaction de constater que quelques jours avant la mort de la quadragénaire hollandaise, deux autres patients traités par Ross avaient trouvé la mort dans des circonstances peu claires. L'une d'est victimes était une Belge de 55 ans Leentje Callens.
C'est en octobre 2015 que Leentje se vit diagnostiquer un cancer du pancréas. Elle devra se soumettre à un traitement classique et terriblement pénible de chimiothérapie. Malgré la maladie, cette battante, épicurienne et amoureuse des choses simples de la vie, gardait un moral à toute épreuve avança même la date de son mariage avec sa compagne  en juin 2016. Une journée inoubliable pour les deux femmes qui scellèrent ainsi leur amour. Pour le meilleur mais surtout pour le pire.
Très affaiblie par le traitement, ayant considérablement maigrie, son pronostic vital selon les médecins était engagé. Il restait un faible espoir de vaincre la tumeur mais  il ne lui restait selon toutes probabilités que quelques mois à vivre au maximum.
Les deux mariées firent ce que beaucoup de malades font dans des cas comme celui-là : elles cherchèrent des thérapies alternatives vu que la médecine traditionnelle avait atteint ses limites. Qui pourrait leur en faire le reproche?
C'est sur le web qu'elles apprirent l'existence du centre Klaus Ross qui présentait un gros avantage : il se situait à quelques dizaines de kilomètres de la frontière belge. Reçues par les responsables du centre, il leur fut affirmé qu'un traitement garanti 100% naturel étalé sur dix semaines pour un coût de près de    10 000 euros. Cette thérapie allait permettre selon celui qui aimait se faire appeler "docteur Ross" de se débarrasser définitivement de la tumeur. Comment ne pas reprendre espoir devant les arguments de cet homme au regard magnétique qui aimait dire que sa thérapie révolutionnaire avait permis  de sauver un nombre important de personnes ayant eu le tort au départ de s'adresser à la médecine traditionnelle?
Un discours tenu non pas par un médecin mais bien par un guérisseur.
La patiente bénéficiera le 18 puis le 19 juillet d'une perfusion d'un nouveau  produit "miracle" venant tout droit des Etats-Unis. Un médicament dont nul ne sait la composition exacte pour l'instant mais qui n'est pas reconnu par la très sérieuse Food and Drugs Administration (agence américaine du médicament) et encore moins par les autorités sanitaires allemandes. Le naturopathe  jouait bel et bien aux apprentis-sorciers.
Dès le lendemain, Madame Callens souffrira de nausées intolérables. Contactée, la centre rassurera la patiente. Hospitalisée en urgence le 21 juillet suite à de violentes convulsions, la dame décédera dans l'après-midi.
Les autorités allemandes prendront cette affaire très au sérieux et lanceront la  machine judiciaire.
Les enquêteurs reçurent de gros moyens en hommes et en moyens. Et ils lancèrent un appel à témoins via la presse. La police allemande croulera véritablement sous les appels. Les langues commenceront à se délier.  Les familles d'une soixantaine de personnes décédées viendront se manifester.  Tous ces morts avaient un point commun : des cancéreux qui avaient été "traités" par le "docteur" Ross. 
A l'heure actuelle, pas moins de 69 (63 néerlandais et six Belges) décès sont considérés comme anormaux. La Justice va faire exhumer leurs corps afin de les soumettre à une autopsie.
Le Ministère public ordonnera une perquisition  qui permit la saisie de papiers, de dossiers médicaux et des ampoules contenant le produit miracle.
Les premières analyses du produit expérimental  injecté aux patients relevèrent qu'il était constitué de cellules souches provenant de sang d'agneau et de 3-Bromopyruvate (un bloqueur de glucose)  .  Une recette maison de Klaus Ross dont l'efficacité sur le cancer n'avait jamais été démontrée  par des tests cliniques en double aveugle.
Le "docteur Ross" n'avait évidemment pas de diplôme de médecine. Les autorités de la Région avaient à Ross délivré une simple autorisation à administrer des injections de médicaments obtenus sur ordonnance.
Certains véritables médecins traitent leurs patients par naturopathie. Ceux qui gardent une once de raison en cas de mauvaises réactions du patient au traitement peuvent l'interrompre et revenir à des thérapies conventionnelles voire d'orienter les patients vers un hôpital.  En cas d'apparition de troubles graves, Ross avait interdit à ses patients d'avoir recours à un autre médecin ou à un service d'urgence.  En cas de malaises graves,  il leur donnait des…vitamines!
Dans l'œil du cyclone, Klaus Ross pris sa plus belle plume pour rédiger un communiqué de presse : "Nous regrettons les soupçons lancés dans les médias au sujet de la médecine alternative et sur notre clinique qui pourrait être responsable de la mort d'un de nos patients". Le communiqué se poursuit : "La clinique continuera comme elle l'a toujours fait à offrir à ses patients des soins adaptés basés sur une recherche alternative solide". Pour conclure : "La police et la Justice pourront compter sur notre entière coopération".
Pas de chance pour Ross : sa clinique fut fermée manu militari.
Au stade actuel de l'enquête, le docteur Ross doit bien entendu bénéficier de la présomption d'innocence. La Justice allemande décidera soit d'un non-lieu soit de poursuivre Klaus Ross et il bénéficiera le cas échéant  d'un procès équitable. A l'heure actuelle, il reste en liberté. Mais les spécialistes comme le pathologiste hollandais Franck van de Groot ont déjà mis en garde : il sera extrêmement difficile de déterminer l'influence exacte du traitement de Ross sur ses patients qui étaient en général en phase terminale.
Il faudra suivre cette affaire de près. On en reparlera certainement vu qu'il y a eu des dysfonctionnements majeurs et que les responsables allemands devront venir  s'expliquer. Il est tout bonnement incroyable que Ross soit ainsi passé à travers du filet en ouvrant une clinique où un traitement plus que douteux était administré à des cancéreux. Des têtes risquent de tomber. Le Ministre fédéral  allemand de la santé Hermann Gröhe très embarrassé déclara à la télévision : L'administration d'une substance qui se trouve encore dans sa phase d'expérimentation n'est pas acceptable même quand le patient réclame le traitement. Il rajouta : Il est important que la justice aille maintenant au bout de cette enquête pour qu'on en tire les conséquences.
Des affaires comme celle-ci ne sont pas si exceptionnelles et rares qu'on pourrait le croire.
En 2009 en Belgique, pour ne citer qu'un seul exemple, les téléspectateurs découvrirent un documentaire pour le moins étonnant et intitulé "Mort biologique sur ordonnance téléphonique" retraçant le calvaire de Jacqueline Starck qui atteinte d'un cancer du sein et ayant perdu toute confiance dans la médecine ira frapper à la porte d'une série de personnages aux méthodes de charlatans : kinésiologie, magie noire, pendule, … Elle sera prise en charge par deux "thérapeutes" pratiquant la biologie totale appelée aussi  "médecine nouvelle germanique". Cette doctrine non-scientifique, mais faut-il l'écrire?, prétend que chaque maladie n'est rien d'autre  que l'expression d'un traumatisme ou d'un conflit le plus souvent lié à l'environnement familial, responsable numéro un de la pathologie.  Les thérapeutes, qui vivaient en France ne virent même jamais la patiente, firent leur diagnostic et proposèrent leurs traitements par téléphone en soutirant des sommes énormes à  Jacqueline Starck et quelques autres victimes recrutées via des revues consacrées aux médecines parallèles ou à l'alimentation bio.
Ayant mais trop tard compris qu'elle avait été trompée par des charlatans sans scrupules, elle prit ses distances avec les "guérisseurs" tout en faisant promettre à sa fille de donner une suite à l'affaire et de porter plainte. Elle mourra quelques semaines plus tard.  Nathalie Starck écrira un très beau livre en hommage à sa maman : "On a tué ma mère. Face aux charlatans de la santé" publié en 2010 aux éditions Buchet Chastel.
Cette triste affaire fera peut-être réfléchir.  Les oncologues sont unanimes : les thérapies alternatives n'ont aucune influence positive sur le traitement du cancer. C'est du charlatanisme pur et simple. Mais ces thérapeutes délirants pullulent. Qui pourra les arrêter?
La balle est dans le camp du politique qui doit légiférer ou au minimum surveiller de plus près les activités de ces médecines non-conventionnelles.
En France, les allergologues tirent le signal d'alarme :le Ministère de la santé ne reconnait toujours  pas cette spécialité. Le nombre de personnes allergiques augmente d'année en année. Faute de spécialistes, les personnes souffrant d'allergies doivent s'adresser parfois à des…naturopathes.

Michel Leurquin



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vendredi 21 octobre 2016 
Auteur : Comité Para / O. Mandler
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