Le paranormal et les pseudosciences dans les médias


L'hebdomadaire "Femmes d'Aujourd'hui" : le meilleur y côtoie (parfois) le pire ...


Fin 2015, le Comité entamait avec l'hebdomadaire-vedette belge "Femmes d'Aujourd'hui" une correspondance à propos de la publication d'un dossier relatif à la nouvelle "année astrologique" qui s'annonçait (1). Une réponse supposée apaisante nous est parvenue (2) à laquelle nous avons répliqué sans tarder (3).

Depuis, silence-radio, mais pas question d'abandonner la lutte, car nous savons d'expérience qu'il est possible de convaincre un média de large diffusion d'abandonner l'exploitation mercantile des pseudosciences.

Voir en cela les résultats obtenus par le Comité il y a quelques années auprès du quotidien "Le Soir", à savoir l'insertion, à la rubrique Horoscope de la page des loisirs/détente (déjà tout un programme ...), de la mention "Pour ceux qui y croient ...". Avant de voir plus récemment ces sornettes complètement disparaître de leurs pages !


(1)

Madame la rédactrice en chef,

Votre hebdomadaire qui se prétend, sans doute hélas à raison, comme « le  plus lu », a publié cette semaine un dossier sur l'année astrologique qui s'annonce.
C'est très triste et désolant qu'un hebdomadaire, qui diffuse  par ailleurs  des articles  intéressants, se laisse prendre ainsi au piège de ce tissu de fariboles que  constitue l'astrologie.
Il  est difficilement concevable qu'au XXIe siècle, à l'ère de la navigation astronautique et de la connaissance de plus en plus fine de la réalité cosmologique, de se  faire le porte parole de cette pseudoscience par excellence qui n'a jamais reçu la moindre caution scientifique et que l'on peut  ranger peut-être à la rigueur dans  la catégorie des amusettes.
Si c'était le  cas il n'y  aurait pas de quoi s'affoler. Ce n'est pas  le cas. Des statistiques récentes (2010) montrent que sur trente sites proposés sur Google 97% « croient » à la scientificité de  cette fausse science.
C'est là que réside votre action pernicieuse. Vous entretenez, vous aussi,  cette croyance par intérêt mercantile. Car, je ne puis croire en effet que vous soyez à ce point dénuée  de culture scientifique pour avaler ces  couleuvres. Je vous signale que le Journal Le Soir, le quotidien « le plus lu », a abandonné cette pratique stupide depuis un certain temps déjà et je n'ai pas connaissance que cela ait provoqué une chute de son nombre de lecteurs.
Je vous engage vivement à faire de même.

Veuillez agréer, Madame la rédactrice en chef, l'assurance de toute ma considération.

M.Soupart,
Secrétaire-adjoint du Comité belge pour l'analyse critique des para-sciences


(2)

Bonjour Monsieur,

Notre rédactrice en chef a bien reçu votre courrier dont référence en rubrique. Elle vous en remercie même si elle trouve que vous faites bien grand cas de quelque chose d'anodin. Nos lectrices sont, croyez-le, bien conscientes que ces prévisions ne sont pas scientifiques mais considèrent ces horoscopes un peu comme un jeu… Perdu, nous aimons le croire, dans quantité d'articles sérieux et contrôlés quant à leur véracité.

Bien cordialement.

Catherine Brunet
Rédactrice culinaire


(3)

Madame,

Je vous remercie d'avoir pris la peine de me répondre. Oui, votre magazine contient pas mal d'articles intéressants dans beaucoup de domaines. Mais pourquoi dès lors maintenir cette rubrique astrologique qui nuit à son sérieux. Vous arguez du  fait qu'il s'agit d'un jeu (fallait-il dès lors y consacrer un article de tant de pages PAS DU TOUT PERDU dans le numéro comme vous le dites mais au contraire bien mis en exergue ?).
Vous estimez que vos lectrices font la part des choses. Cela me semble inexact.  Il n'y a qu'à écouter certaines conversations. Oh ! Vous êtes du scorpion. Ceci étant prononcé, avec  une nuance de  crainte, car signe de sexe et de mort ( !) suivant les « experts « astrologiques. Un sondage Gallup a révélé en 2009 que 25 % de la population américaine croyait réellement en la vérité de l'astrologie. En 2000, Daniel Boy, sociologue français, relevait que 20% des français y croyait fermement avec une proportion plus élevée de femmes que d'hommes.
N'y a –t-il pas  d'autres façons « d'amuser» vos lectrices ?  Et pourquoi pas, en plus,  chaque semaine, une page science. Une enquête récente (Eurobaromètre sur les connaissances des européens en science et technologies a révélé que 25% des personnes croyait encore que le soleil tourne autour de la terre.  Il ne manque pas de femmes engagées dans des carrières scientifiques en Belgique.
Voilà quelques réflexions  au  sujet  desquelles je vous propose de réfléchir. Vous avez là, la possibilité de rehausser le niveau de votre publication par rapport à vos concurrents.
Je souhaite que cette réponse soit lue par Madame Anne Daix à laquelle je m'étais adressée initialement.

Veuillez agréer, Madame la rédactrice en chef, l'assurance de toute ma considération.

M.Soupart,
Secrétaire-adjoint du Comité belge pour l'analyse critique des para-sciences



RTBF : "Enquêtes extraordinaires" ...

C'est sous ce titre générique que la chaîne de télévision La Deux de la RTBF diffuse depuis un certain temps déjà une série d'émissions qui font la part belle aux pseudosciences et aux croyances injustifiées dont celles au paranormal.

C'est ainsi que le samedi 3 août 2013 a été programmée une émission consacrée notamment à la géobiologie. Elle a suscité une réaction de l'un de nos membres, André Lausberg, physicien ULg et Président de la Société astronomique de Liège (voir ci-dessous sa lettre). M. Emmanuel Tourpe, Directeur de la programmation TV y a répondu (voici ci-dessous sa réponse). Nous laissons à nos lecteurs le soin d'apprécier les arguments invoqués pour justifier ce genre de programmes.
Le samedi 24 août 2013 fut diffusée une émission consacrée aux ovnis. Cette fois, c'est Marc Hallet, chercheur infatigable reconnu et bien connu notamment pour sa lutte solidement argumentée contre la croyance à l'existence des ovnis, qui a écrit à la RTBF (voir ci-dessous un lien vers sa lettre).

Il faut croire que les arguments qui y sont exposés ont laissé notre Directeur de programmation sans voix car la lettre est restée sans réponse...


Lettre d'André Lausberg à la RTBF

Messieurs,
Ceci est une protestation, concernant la programmation d'une émission "Enquêtes extraordinaires" le samedi 3 août 2013.
Ce magazine fait la part belle à des pseudo-sciences comme la géobiologie ou l'exploitation de croyances concernant certaines ondes réputées néfastes.
Le fait de le placer à 20h30, juste avant une émission bien documentée et rigoureuse comme Matière grise contribue à donner une aura de sérieux à ce magazine racoleur.
Tout au long de l'émission, on a entendu des "mages" démontrer de soi-disant succès, tout en déclarant qu'ils n'avaient pas d'explication scientifique pour leurs expériences, et pour cause...
Je pense que ce n'est pas le rôle d'une télévision publique comme La Deux de promouvoir ainsi les interventions de charlatans.
Exemple vécu : Madame dormait mal sur sa literie, Monsieur lui offre l'expertise d'un géobiologue qui fait déplacer le lit. Madame dort mieux, heureuse que son mari ait dépensé quelque 30 euros pour lui être agréable ! CQFD.

André Lausberg, physicien ULg
Président de la Société Astronomique de Liège

Copie à Yaël Nazé naze@astro.ulg.ac.be et à M. Soupart du comité PARA msoupart@skynet.be


La réponse du Directeur de la programmation TV

Monsieur le Professeur,
Nous vous remercions pour l'attention accordée à nos chaînes.
Permettez-moi de revenir un instant sur votre courriel.
La deux promeut constamment, par la diffusion de Matière grise, mais aussi par des documentaires de haut vol, le goût et la pratique scientifiques. Dans ce contexte, il lui arrive de donner voix à des approches scientifiques relativement exotiques, comme cela avait été le cas lors de la diffusion de Mirages, où la zététique avait eu voix. Ici il s'agit tout au contraire d'une saison 2 d'un programme qui avait été plébiscité voici quelques années par notre public et n'avait suscité aucune réaction négative. L'objectif de cette série n'est pas de promouvoir des pseudo sciences, mais de montrer que dans le dossier de phénomènes hors normes certaines tentatives d'encadrement scientifiques existaient. Vous conviendrez qu'il vaut mieux laisser place à un questionnement scientifique, même tâtonnant, qu'à une prose purement irrationnelle que ces questions qui passionnent le grand public et ne reçoit souvent aucun éclairage. Nous ne décidons pas de la valeur heuristique, méthodologique ni conclusive des éclairages scientifiques donnés dans le cadre de cette série.  Ils existent et nous leur donnons voix comme nous l'avons fait pour la zététique à l'autre bout de l'échelle méthodologique. D'autre part, nous terminons la soirée par Matière grise afin de ramener le téléspectateur vers ce qui est notre modèle moyen et central, à savoir la science universitaire et de laboratoire commune. Nous espérons donner en général le goût de la science forte à notre public à travers ce plat principal, après ´l'apéritif´ des Enquêtes extraordinaires. Cela fonctionne beaucoup mieux que lors des double diffusions des matières grise pratiquées les autres étés. Je ne crois pas que la réflexion du public, ni en général le goût scientifique souffrent de cette programmation originale.

Nous vous remercions pour votre attention.

Emmanuel Tourpe
Directeur de la programmation TV
RTBF


La lettre de Marc Hallet à la RTBF


Marc Hallet

Autres exemples

A LA RTBF, QUAND "C'EST DU BELGE" FAIT LA PROMOTION DE L'ASTROLOGIE ...


Au cours de l'émission télévisée C'est du Belge du 12 janvier 2007, la Une de la RTBF donnait la parole à un astrologue chargé d'établir l'horoscope de membres de la famille royale.
Notre comité se devait de réagir à cette initiative pour le moins contestable à plusieurs égards. C'est pourquoi le 17 janvier Jean Dommanget, président de notre comité, a envoyé à Monsieur Jean-Paul PHILIPPOT, Administrateur Général de la RTBF une lettre dans laquelle il fait part de son incompréhension de voir que l'on puisse au XXIe siècle attribuer une quelconque valeur à la pseudoscience qu'est l'astrologie et de son indignation de la voir ainsi officialisée d'une certaine façon sur notre chaîne publique francophone alors que toutes les études sérieuses qui ont été menées sur sa valeur ont conclu à sa vacuité et qu'elle n'est qu'un « art divinatoire » qui ne vaut pas mieux que la lecture de l'avenir dans les entrailles d'un volatile mort comme la pratiquaient les Romains.
Un manque aussi flagrant de sérieux jette le discrédit sur une émission généralement de bonne tenue et pose la question de savoir si c'est de cette façon que la RTBF compte promouvoir l'étude des sciences, développer la culture de son public et son esprit critique. Jean Dommanget conclut en sollicitant l'avis de l'Administrateur Général à ce sujet.

Par ailleurs le président a adressé à cette occasion à Monsieur Philippot, par courrier séparé, un exemplaire de l'ouvrage que notre comité a édité en 1999  lors de la célébration de son cinquantième anniversaire en espérant qu'il y trouvera matière à réflexion.

Force nous est de constater que jusqu'à ce jour, soit près de trois mois après l'envoi de cette lettre, aucune réponse ne nous est parvenue, pas même un accusé de réception du livre envoyé, comme l'aurait voulu une élémentaire courtoisie.
 
La rédaction du journal "Le Soir" a retrouvé le chemin de la rationalité ... grâce à l'intervention du Comité Para : la mention "Pour ceux qui y croient" chapeaute à nouveau l'horoscope ... voir ci-dessous.

LA REDACTION DU JOURNAL « LE SOIR » A-T-ELLE QUITTE LE CHEMIN DE LA RATIONNALITE ?


La Presse belge, comme toutes les autres du monde entier, s'est toujours complu dans la
diffusion d'informations à sensation. Tout particulièrement dans le domaine du paranormal, sans soucis
de la recherche de la vérité alors que simultanément elle n'hésite pas à diffuser des informations
scientifiques parfois très pointues. C'est ainsi que dans un même journal on trouve des articles éducatifs
intéressants et d'autres, comme les horoscopes, qui ne présentent vraiment aucun intérêt.
Ce fut le cas du journal LE SOIR jusqu'à ce que notre comité, peu après sa création en 1949, lui
propose d'attirer l'attention de ses lecteurs sur les réserves de sa Rédaction quant à la crédibilité de
l'horoscope quotidien en le faisant précéder de la mention POUR CEUX QUI Y CROIENT .
Ce fut accepté et l'on aurait pu croire l'affaire entendue une fois pour toutes !
C'était sans compter sur la présence dans la rédaction d'éléments férus d'irrationnel. En effet, à
chaque réorganisation de la structure du journal, des tentatives d'un retour vers l'obscurantisme nous a
obligé à intervenir pour que cette mention soit maintenue – avec succès d'ailleurs – jusqu'à tout
récemment, où la rédaction s‘est montrée particulièrement intransigeante au point qu'après un échange
de correspondance sans succès, nous avons proposé le 27 janvier 2006, la publication d'une CARTE
BLANCHE sur le sujet, afin d'éclairer les lecteurs.
Refusée à la publication, elle a quand même eu pour effet le rétablissement de la mention
précitée mais en utilisant des caractères incroyablement petits. Que craint donc la rédaction ?
Perdre des lecteurs ? Elle n'en perdra pas même en supprimant l'horoscope, si elle conserve la
haute qualité de ses autres informations.
On trouvera notre proposition de Carte Blanche ciaprès.
Chacun jugera !
CARTE BLANCHE (proposée au journal LE SOIR)
LA PRESSE ECRITE ET LES HOROSCOPES.
Jean CHAMPENOIS (Illusionniste), Paul DANBLON (Journaliste scientifique), Nicolas DE BECKER (Avocat), Jean
DOMMANGET (Astronome) , Arlette FOUGNIES (Romaniste), Roland GILLET (Sénateur), Roger GONZE (Astronome), Pierre
HENDRICHS (Ingénieur civil), Pierre JACOBS (Ingénieur civil), Jean .KAMPS (Editeur), André KOENIGSFELD (Ingénieur civil), André
LAUSBERG (Astrophysicien), Olivier MANDLER (Chef d'Entreprise), Michel SOUPART (Officier d'E.M), Baldassare SPRIO (Editeur),
Marc VANDIEPENBEECK (Climatologue).
La grande majorité des journaux, hebdomadaires et revues mensuelles nationales ou
internationales, ont à leur tête, des rédactions comportant des personnes témoignant d'une grande
culture et de vues progressistes. Ces rédactions présentent dans leurs organes de presse, des idées
d'avantgarde
tant en politique, qu'en littérature, en arts et en sciences. Elles ne permettent pas qu'on y
rate une occasion de parler des progrès de la médecine, des recherches en physique de pointe, de
l'évolution des connaissances en matière de nature et d'espace, etc.
Les découvertes et progrès en astronomie, y ont évidemment aussi leurs places.
Malheureusement souvent aussi les horoscopes.
* * * * * * *
Qu'est ce qui pousse donc ces rédactions à accorder une place plus qu'honorable à ces
horoscopes que l'on sait farfelus comme d'ailleurs l'astrologie en général. En plus, il y a autant
d'horoscopes différents qu'il y a d'organes de presse.
Certaines rédactions invoquent des nécessités économiques: la suppression de l'horoscope
entrainerait une chute des ventes de 10%. Comment se faitil
donc alors que certains organes de presse
s'en passent et ne semblent pas pour autant souffrir d'un grave problème de trésorerie (La Libre
Belgique, le Monde et Le Vif/L'Express, par exemple)?
Le Journal LE SOIR avait, il y a un demisiècle,
trouvé une parade aux critiques susceptibles de
lui être adressées. Dans les années cinquante, la rédaction avait accepté en effet, sur proposition de
Hugues VEHENNE, un de ses rédacteurs scientifiques de 1952 à 1977, membre de notre comité
(décédé en 2002), de faire précéder l'horoscope de la mention
POUR CEUX QUI Y CROIENT
afin de dégager la responsabilité de la rédaction à l'égard d'une rubrique nonsignée,
tout en accordant le
droit à certains de ses lecteurs de vivre leurs fantasmes.
Or depuis, à chaque réorganisation du journal, cette mention disparut et chaque fois il fut
nécessaire d'attirer l'attention de la rédaction sur ce fait. Chaque fois le Comité a eu gain de cause : la
mention fut rétablie. Que ce soit du temps de M. Guy DUPLAT en 1996, de M. Pierre LEFEVRE en 2001
ou de Mme Béatrice DELVAUX en 2002, le premier soulignant qu'il n'est évidemment pas question que
le journal cautionne l'astrologie, le second, qu'il ne pouvait y avoir aucune équivoque à ce propos , la
troisième, que notre demande était judicieuse .
A l'occasion du récent changement de format du journal, cette mention a disparu une fois de
plus. Des interventions pressantes auprès de Madame Béatrice DELVAUX, Rédactrice en Chef et de
Monsieur Daniel VAN WYLICK, Directeur Général en vue de son rétablissement ont cette fois été
vaines. Ceuxci
estiment en effet que "toute ambiguïté avait été levée en faisant paraître à présent cette
rubrique dans les pages Détente". Proposer à leurs lecteurs des textes incohérents sous le couvert de
"distraction" et les présenter dès lors dans les pages "LOISIRS" est d'une incroyable légèreté. Car,
contrairement à ce que l'on pourrait invoquer, cette façon de faire n'est pas sans conséquence. Les
lecteurs n'ont pas tous le sens critique nécessaire pour distinguer le bon grain de l'ivraie. Et la croyance
aveugle dans les prédictions peut affecter l'équilibre mental de certains et les conditionner. Ce n'est donc
pas en figurant sous cette rubrique que l'horoscope en est plus innocent.
Mais en quoi donc la présence de cette mention estelle
gênante pour la rédaction?
Ce qui nous étonne aussi est l'absence de réaction des rédacteurs scientifiques du journal qui
acceptent de voir leurs très intéressantes chroniques côtoyer une telle niaiserie dans un journal sérieux
du XXIème siècle. Pourquoi ne prennentils
pas le relais de Hugues VEHENNE auprès de la rédaction?
Mais au fait, pourquoi ne pas tout simplement supprimer l'horoscope quotidien ?
Notons encore d'autres tentatives de faire la part belle au paranormal dans les colonnes du
SOIR. Comme par exemple l'article de Madame EveMarie
VAES dans le SOIREMPLOI
des 1314
janvier 1996 sur l'analyse astrologique dans le recrutement, l'article d'une page entière de Christophe
SOKAL (Le SOIR des 1011
juillet 2004) sur l'astrologie dans le recrutement ainsi que lors de la
polémique entre M. André LAUSBERG de l'Institut d'Astrophysique de Liège et certains de nos membres
avec son médiateur M. Eric DEFFET en octobrenovembre
2004 concernant les horoscopes, l'astrodiscrimination
à l'embauche et autres abus commis par les astrologues.
Le journal LE SOIR, grand quotidien de notre capitale, seraitil
en train d'amorcer un retour vers
l'obscurantisme?

L'Astrologie, info ou intox ?


… tel était l'intitulé de l'un des sujets figurant au menu du
magazine scientifique «Matière grise » diffusé le 8 novembre 2005 par la une de la RTBF.

En voici un compte rendu.

L'intention déclarée par les auteurs de l'émission était « la volonté de confronter les
horoscopes et autres thèmes astraux à l'exercice de l'analyse scientifique ».
Cette confrontation débute par une visite chez un astrologue réputé. Celui-ci prétend
qu'à partir des date, heure et lieu de naissance d'une personne, il peut déterminer le caractère,
la personnalité et les probabilités de l'évolution de cette personne. Il ne peut l'expliquer
scientifiquement parce que, dit-il, le thème astral est avant tout symbolique mais on a pu
constater que telle planète à telle position détermine non seulement les traits de caractère mais
aussi une évolution des événements bien précis qui concernent la personne.
Une série d'arguments d'ordre astronomique sont alors développés par un astronome
belge, un astrophysicien français et les auteurs de l'émission qui montrent les inconsistances
de l'astrologie. Tout d'abord le zodiaque des astrologues n'est qu'une représentation très
grossière de la région du ciel parcourue par le Soleil en une année. Sa division arbitraire en 12
sections égales (les signes) portant chacune le nom de l'une des 12 constellations traversées
par le Soleil ne correspond en rien à la réalité. En effet, le Soleil met par exemple plus de 2
mois pour traverser la constellation de la Vierge tandis qu'il ne met que 10 jours pour
traverser celle du Scorpion. De plus, toutes les constellations, même celles qui ne font pas
partie du Zodiaque n'ont de groupe que l'apparence. C'est un effet de perspective qui fait que
les étoiles d'une constellation nous paraissent proches l'une de l'autre alors qu'en réalité les
distances respectives à la Terre des étoiles concernées sont fort différentes. Ces étoiles n'ont
donc rien à voir entre elles. Par suite du mouvement de précession de l'axe de rotation de la
Terre, le zodiaque actuel des astrologues est décalé d'un signe par rapport au zodiaque tel
qu'il était il y a 4.000 ans quand l'astrologie fut créée. Ce qui fait que celui à qui les
astrologues font croire qu'il est par exemple du signe du Lion est en réalité du signe de la
Vierge (NDLR : En fait du Cancer – voir notre livre « La science face au défi du paranormal »
p. 67).
Un exemple est donné qui montre bien la différence de nature entre l'astrologie et la
science : la planète Mars, cet astre de couleur rouge que tout le monde peut voir. Les
astrologues partent de la couleur rouge et par un enchaînement symbolique, cela donne :
rouge, sang ; sang, guerre ; guerre, mort ; Les astronomes partant de la même observation
(rouge) arrivent par un enchaînement non plus symbolique mais scientifique à une conclusion
diamétralement opposée : rouge, présence probable d'oxyde de fer ; oxyde, présence d'eau ;
eau, vie. Et à la différence encore des astrologues, les astronomes vérifient la pertinence de
leurs hypothèses en envoyant des sondes pour les contrôler : y a-t-il de la vie ? y a-t-il de
l'eau ?
Les auteurs de l'émission rappellent ensuite que d'un point de vue physique, il n'y a
qu'un seul astre qui ait bel et bien une action directe sur notre corps : le Soleil dont les
diverses radiations peuvent être bénéfiques, mais aussi provoquer des brûlures ou des cancers.
La Lune aussi a une influence sur la Terre. C'est elle qui est le principal responsable des
marées des océans et des mers. C'est un fait avéré, calculé et vérifié par la loi d'attraction
universelle connue depuis Newton. On pourrait donc se poser la question de savoir si les lois
physiques qui régissent les marées ne s'appliqueraient pas aussi à nos fluides corporels et
notamment au liquide amniotique d'une femme enceinte. Si on calcule les forces exercées par
les objets et les personnes présentes dans la salle d'accouchement lors d'une naissance, on se
rend compte que ce sont eux qui exercent les plus grandes forces sur le nouveau-né. Une
voiture garée sur le parking de l'hôpital exerce une force d'attraction supérieure de plusieurs
dizaines de milliers de fois à celle de la Lune qui est donc tout à fait négligeable. (NDLR :
Notre calcul montre que la Lune exerce une force d'attraction, proportionnelle à l'inverse du
carré de la distance entre les deux corps, sur le nouveau-né qui vaut environ 50.000 fois celle
qu'exercerait une voiture de 1.000 kg parquée à une distance de 10 m de ce nouveau-né. Par
contre, si l'on calcule en termes de forces de marée, proportionnelles à l'inverse du cube de
cette distance , la voiture exerce une action qui vaut 735 fois celle de la Lune.) Quant aux
planètes et aux étoiles qui sont encore plus éloignées, leur influence est encore plus
insignifiante.
Mais si on ne peut justifier l'influence des astres par la loi d'attraction universelle,
pourrait-on la justifier par les statistiques ? Contrairement à une croyance tenace, il a été
prouvé par des études effectuées tant en Belgique qu'à l'étranger que la Pleine Lune, de
même que les autres phases de la lunaison d'ailleurs, n'ont aucune influence sur le nombre
d'accouchements.
Qu'en est-il alors d'une autre assertion de l'astrologie : la corrélation supposée entre
notre signe du zodiaque et notre caractère ? Pour le savoir, un psychologue s'est proposé de
refaire une expérience déjà maintes fois éprouvée pour laquelle il a réuni une quinzaine de
personnes évidemment de signes différents. Chaque personne a reçu une fiche sur laquelle est
décrite la personnalité sensée correspondre à son signe et a été invitée à donner une cote allant
de 1 à 10 suivant le degré de correspondance de cette description avec son propre caractère.
Sur les 15 personnes, seules 2 ont estimé que le texte qui leur avait été proposé ne
correspondait pas bien avec leur personnalité. La moyenne des cotes attribuées par les 15
personnes a été de 6,1/10. Ce qui est élevé quand on sait qu'à l'insu des personnes testées le
texte soumis à l'appréciation était identiquement le même pour tout le monde. Cette cote
élevée s'explique par la tendance naturelle des individus à se reconnaître dans des ensembles
de phrases et à les considérer comme les décrivant bien personnellement alors qu'en fait ces
phrases sont très générales et peuvent s'appliquer à beaucoup d'individus.
Si on ne peut légitimer l'astrologie par la pertinence des thèmes astraux, est-il possible
de le faire en tant qu'outil de prévisions ? Les erreurs de prévisions de la part des astrologues
sont très nombreuses. En fait, pratiquement aucun des événements marquants du XXe siècle
(les guerres mondiales, la guerre froide, l'assassinat de Kennedy, mai 68, la chute du mur de
Berlin) n'a été prédit par les astrologues. A l'inverse, des astrologues avaient lu dans les astres
que Jacques Chaban-Delmas et Lionel Jospin seraient présidents de la République française et
que Bill Clinton ne serait jamais président des Etats-Unis. Dans la majorité des cas, les
prédictions sont trop vagues car sans mention de date ni de lieu et sans précision sur la nature
de l'événement et peuvent s'appliquer à n'importe quel événement..
Mais alors si rien ne fonde scientifiquement l'astrologie, comment se fait-il que tant de
gens y croient. C'est à cause d'un effet d'entraînement du groupe. Selon des études réalisées
en France, plus de la moitié de la population adulte déclare croire en l'astrologie d'une
manière ou d'une autre. Certains hommes politiques placés devant des choix cruciaux ont
également fait appel à des astrologues. Si ceux-ci ne les ont pas forcément guidés dans leurs
choix, au moins auront-ils pu calmer leurs angoisses face à des décisions importantes. Mais il
n'y a rien de scientifique là-dedans.
On ne peut pas non plus utiliser l'astrologie en tant qu'objet de connaissances.
L'utiliser comme critère d'embauche par exemple est scandaleux. (N.D.L.R. : voir par
exemple sur ce site : DOSSIERS – Astrodiscrimination à l'embauche)
Les seules raisons d'être de l'astrologie relèveraient donc du social, de la symbolique,
du ludique, de la psychologie, mais cela peut être dangereux comme en témoigne un
psychothérapeute dont deux patients ont eu le cours de leur vie fortement perturbé suite à des
prédictions astrologiques faisant état pour l'un d'un accident de voiture mortel et pour l'autre
sa mort dans un délai de quatre ans.
Lire son thème astral ou son horoscope peut apporter un peu de distraction, voire
rassurer et délivrer de peurs ou d'angoisses. Ce n'est déjà pas si mal. (NDLR : Mais il peut
aussi angoisser.)
x x x x x x
Bien que l'on pourrait signaler quelques insuffisances ou imperfections dans les
démonstrations de cette émission, on ne doit pas oublier que le temps imparti (25 minutes) à
un sujet aussi vaste ne permettait pas de traiter complètement tous ses aspects. Rares sont les
émissions de télévision dénonçant clairement le paranormal. Celle-ci n'a pas tergiversé avec
les vérités scientifiques et l'on ne peut que s'en réjouir.
Il faut donc féliciter chaleureusement Patrice Goldberg et toute son équipe, dont
François Hubert, sans oublier toutes les personnes extérieures consultées, d'avoir démontré
sans ambiguïtés que l'astrologie n'a vraiment aucun fondement scientifique et, de manière
plus générale, d'animer « Matière grise », un magazine scientifique qui fait honneur à la
RTBF.

Le paranormal dans les médias

1) AVANT-PROPOS


Le rôle des médias dans notre société est d'informer correctement le public sur les grands et petits événements politiques, économiques, scientifiques, sportifs et culturels, mais aussi de contribuer à l'échange d'idées et à promouvoir les grands débats de société. Leur rôle est aussi de distraire en organisant des jeux et en diffusant des reportages.

Cette activité exige des moyens financiers énormes que l'on ne rencontre pas toujours facilement. Aussi, la publicité est-elle un élément vital pour la survie des médias.

Rien d'étonnant que les annonceurs soient attirés par les chaînes ayant un audimat intéressant sur base de programmes alléchants. Il en va de même pour les quotidiens, les hebdomadaires, les revues mensuelles etc. On ne s'étonnera donc pas que les médias se complaisent assez facilement dans le traitement de sujets qui répondent aux aspirations du public plus que dans celui de sujets plus austères bien que certains sujets didactiques purement scientifiques par exemple aient un succès certain. Ainsi le fantastique et le paranormal sont-ils des cibles toute trouvées, le doute qui hante l'esprit de la plupart des gens dans ces domaines étant un vecteur favorable.

Il faut cependant regretter que l'organisation de certains débats sur l'irrationnel se fasse sans prendre vis-à-vis du public la précaution d'informer sur le doute entourant les connaissances sur le sujet traité et l'attitude prudente à adopter à son égard. Et ce ne sont pas les quelques sceptiques admis dans ces émissions et dont le temps de parole est toujours réduit à la portion congrue, qui trouvent ainsi l'occasion de rééquilibrer le débat.

La plupart des émissions de radio-télévision se clôturent en laissant au public un sentiment ambigu quant à la réalité des phénomènes paranormaux alors que la communauté scientifique est loin de les cautionner et que le bon sens exige au moins de réserver notre jugement à leur égard.

Curieusement et bien malheureusement, le point de vue sceptique n'est jamais rappelé in fine. Et l'émission terminée, on s'en va avec l'assurance que tout cela pourrait bien être vrai.

Si le public était clairement prévenu de l'incohérence de ces croyances, les sceptiques que nous sommes pourraient accepter ce genre d'émission avec intérêt. Malheureusement les exemples qui suivent ne nous rassurent pas. Seul le journal Le Soir a eu l'heureuse initiative de faire procéder depuis de nombreuses années, son horoscope quotidien de la mention: Pour ceux qui y croient.



2) L'ATTIRANCE DES MEDIAS POUR LE PARANORMAL


a) À la RTBF

  • REFLEXION

Si plusieurs émissions scientifiques et fort instructives font utilement partie des programmes, elles sont côtoyées malheureusement par trop d'autres qui faussent l'information du public et entraînent celui-ci vers un abêtissement de mauvais aloi.

C'est ainsi qu'on a pu voir sur nos écrans le 4 mars 2002 , un ECRAN-TEMOIN présenté par Thomas VAN HAMME consacré aux ovnis alors que le sujet est en perte de vitesse au point que l'organisation soeur de la SOBEPS en Angleterre a jeté l'éponge suite à l'effondrement de ses effectifs (voir N.B. n° 68 en cours de publication). On y a même ressassé de vieux démons comme l'affaire ROSSWELL, pourtant définitivement enterrés.

La parole fut longuement donnée à ceux qui y croient, au détriment des explications rationnelles que peuvent proposer les sceptiques. Les témoignages furent comme toujours empreints de descriptions dithyrambiques sans apporter aucune preuve quant aux faits décrits.

Quelques semaines plus tard sur ANTENNE-SOIR, le présentateur Christophe DEBORSU a trouvé intéressant sans aucune raison apparente de promener son micro et sa caméra dans le monde de la voyance permettant à ses représentants de diffuser leurs inepties auprès d'un large public.

Finalement, l'ECRAN TEMOIN remit les couverts le 29 avril 2002 en consacrant son émission a une question qu'on a voulu particulièrement brûlante alors qu'elle réapparaît périodiquement sans nécessité apparente: Peut-on communiquer avec les morts ? La complaisance avec laquelle le présentateur Thomas VAN HAMME s'adressait aux témoins venant décrire leurs aventures vécues était déroutante et n'était pas faite pour informer objectivement le public!!

Déjà, le 1 novembre 1999 dans un précédent ECRAN-TEMOIN intitulé: Faut-il croire au paranormal, Paul GERMAIN, présentateur à l'époque s'était également complu à faire mousser les déclarations volubiles de la voyante Mme Maude KRISTEN lui donnant l'occasion de décrire dans une rétrospective sur son enfance et sa jeunesse (sans intérêt pour le débat) comment elle avait découvert son prétendu "don" ne laissant ainsi que peu l'occasion d'en venir à un débat raisonné sur le sujet. Notons au passage qu'un autre ECRAN-TEMOIN fut programmé le 1 mai 2000, avec pour sujet: Nostradamus, vrai ou faux? Mais cette fois le présentateur Paul GERMAIN trouva fort à faire pour orienter le débat vers une défense du paranormal, vu la pugnacité des Professurs Rudy CAMBIER, linguiste et David JUSTE de l'ULB et du Professeur Michel FRANCART de l'UCL, complétée d'une contestation des travaux de Nostradamus par M. Elie LISON, astrologue. (voir N.B. N°66, pp.1006-1008).

Mais ce fut bien la seule fois car comme lors de la dernière prestation de la RTBF, on a pu constater qu'une fois de plus, tout est fait pour réduire à la portion congrue, le temps de parole donné aux sceptiques.

Nous avions pensé réagir à ce déferlement de témoignages divers orientés en faveur du paranormal. Mais certains téléspectateurs l'ont fait pour nous. Nous publions ci-après, avec leurs accords respectifs, des extraits des lettres qu'ils ont adressées à la Direction de la chaîne et dont ils nous ont communiqué copie.

Nous les félicitons de prendre ainsi le temps de réagir. D'autres téléspectateurs l'ont peut être fait mais nous l'ignorons. Dommage car nous aurions eu plaisir à regrouper ici toutes leurs réactions.

J.Dommanget, le 15 juillet 2002



  • CORRESPONDANCE

( 1.) ECRAN-TEMOIN du 29 avril 2002 (Peut-on communiquer avec les morts ?)

a) Lettre de M. J-M.GILLIARD (extrait) du 1 mai 2002:

Esprit... critique, es-tu là ?

Voici une conversation qu'on aurait pu entendre dans la rue ce mardi matin (30/4/02).

««

  • Salut. Tu as vu l'émission "l'ECRAN-TEMOIN" hier ? J'y ai découvert plein de choses sur  la communication avec l'au-delà !

  • Quel genre de choses ?

  • Eh bien tout d'abord, on a entendu l'auteur d'un livre sur le sujet, qui a notamment vu des apparitions au Mexique. Il a dit qu'il y a de nombreux scientifiques qui ont étudié ces phénomènes et que plus personne aujourd'hui ne pouvait encore douter de leur existence !

  • Quels "scientifiques" ? Les études ont-elles été publiées ? Peut-on reproduire les expériences pour une analyse sérieuse ?

  • Euh... Mais il y avait aussi une dame qui a montré des messages qui lui ont été révélés en "écriture automatique" par son fils décédé !

  • Ne serait-il pas plus juste de dire qu'elle a montré des messages qu'elle a écrits de sa main, en prétendant (peut-être de bonne foi) que c'était sous le contrôle de son fils décédé ?

  • Oui, mais on a aussi vu le reportage d'une réunion de médiums. On a vu une démonstration d'écriture automatique et il y a même une dame qui a donné des informations à propos d'une personne qu'elle ne connaissait pas !

  • Comment sait-on qu'il s'agissait d'écriture "automatique" ?

  • Parce que c'était dit dans le commentaire du reportage !

  • Je vois. Et quelles informations précises cette dame a-t-elle révélées ?

  • Elle a dit qu'elle "voyait" la personne qui a "contrôlé" sa main comme une jeune fille blonde de 12 ans environ.

  • C'est tout ?

  • Oui, mais il y avait même un prêtre qui participait au débat. Il a aussi écrit des livres sur la question. Il a notamment évoqué les expériences "NDE", où des gens qui ont frôlé la mort ont vu leur esprit s'échapper de leur corps, de sorte qu'ils sont capables de décrire des choses qu'ils ne pouvaient pas voir à partir de l'endroit où leur corps se trouvait. 

  • Ces prétendues expériences ont-elles fait l'objet d'une analyse critique ?

  • Évidemment... enfin, je suppose. On peut quand même faire confiance à un prêtre, non ? Et puis il y avait aussi un neuropsychiatre qui participait au débat. Il n'avait pas l'air d'y croire, mais il n'a pas pu démontrer que ces expériences n'étaient pas crédibles !

  • A-t-il assisté à ces expériences ? Les lui a-t-on décrites en détail ?

  • Euh... je suppose que non.

  • Comment donc pourrait-il démontrer quoi que ce soit ?

  • Oh, tu es de mauvaise foi. Il y a eu une dizaine de personnes hier qui ont témoigné. Il est évident que la RTBF ne les aurait pas laissés parler ainsi si leurs dires n'avaient pas été préalablement soigneusement vérifiés !

»»

Et bien non. Contrairement au minimum de déontologie qu'on pourrait attendre d'une émission à large audience programmée par une entreprise de service public, il est clair qu'aucune des affirmations péremptoirement énoncées n'a été tant soit peu préalablement soumise à la critique (constructive... loin de moi l'idée d'une quelconque censure) !

Ce pauvre neuropsychiatre a dû se sentir bien isolé dans cette parodie de débat et se mordre les doigts d'être tombé dans ce guet-apens, où même l'invité "candide" (en principe neutre) était un partisan de la cause. Mais quelle cause ? Celle des esprits ? Non bien sûr. Celle des vendeurs d'illusions.

Nous avons tous envie de croire au surnaturel. Comment ne pas se laisser tenter par ces histoires qui attribuent à l'esprit (oui, notre esprit !) des capacités phénoménales ? A fortiori quand elles sont présentées par de soi-disant spécialistes, qui excellent à usurper le langage de la méthode scientifique.

C'est donc tellement plus facile et plus rentable pour l'Audimat de donner librement la parole à ces gens plutôt que d'organiser un vrai débat contradictoire, où on incitera le spectateur à réfléchir avant de gober n'importe quoi.

Mais alors, je préfère encore les séries américaines, car dans ce cas au moins, il n'y a pas d'ambiguïté sur le contenu de la présentation !

Exit donc le bon sens et l'esprit critique ! Place à la démagogie et à l'abrutissement... Il est vrai que c'est dans l'air du temps ! Mais l'histoire encore récente montre combien c'est dangereux.

Amalgame ?... Pas si sûr.

La démarche est identique: tromper les esprits faibles ou dans la détresse, en leur présentant un discours simpliste mais qui, à défaut d'analyse sérieuse, semble apporter des réponses conformes à leurs attentes.

Par ailleurs, l'analyse critique est une compétence qui s'acquiert et se développe de manière transversale, indépendamment du sujet concerné. Dans ce contexte, difficile de croire que l'émission dont il est question ici aura favorisé l'émergence de "citoyens responsables" !

Tempête dans un verre d'eau ? Je crains que non.

Dans notre société où les laissés-pour-compte sont de plus en plus nombreux, on assiste à une recrudescence de l'irrationnel et au foisonnement de gourous en tous genres, aussi bien sur le plan médical, religieux, philosophique, politique, etc.. Certains peuvent réellement apporter un réconfort à leurs adeptes, d'autres sont aussi inefficaces qu'inoffensifs, d'autres encore s'apparentent franchement à des escrocs, mais certains aussi peuvent se révéler très dangereux.

Faut-il les faire taire ? Je ne crois pas. La liberté d'expression constitue un pilier de notre démocratie et toute forme de censure me paraît critiquable.

Par contre, face à l'énorme quantité d'information déversée chaque jour par l'ensemble des médias (Internet, la télé, la radio, les journaux, la pub, etc.), il me paraît indispensable d'inviter nos concitoyens à plus de vigilance et de discernement.

Mais la démarche critique n'est pas innée, elle s'acquiert progressivement par l'éducation et l'expérience. Avec l'école, la télévision peut être le vecteur de cette éducation et certaines émissions s'acquittent d'ailleurs fort bien de cette tâche.

Point besoin de discours moralisateur, pédant et/ou ennuyeux, mais une information bien présentée, dont les sources sont explicitées et qui invite le spectateur à se faire sa propre conviction, sur base de confrontations et recoupements.

J'en appelle donc à tous ceux pour qui l'éthique n'est pas un vain mot. La diffusion d'une émission à grande audience n'est jamais anodine et il me paraît indispensable que des mesures soient prises pour que le dérapage navrant dont il a été question ici ne se produise plus.

En l'occurrence, tout organisateur de débat télévisé devrait veiller à l'équilibre de la représentativité sur le plateau des diverses opinions sur le sujet et, au cas où cet équilibre n'aurait pas pu être réalisé, mettre en garde le spectateur sur la partialité potentielle de la présentation.

Jean-Marc Gilliard.

01/05/2002.

jmgilliard@wanadoo.be



b) Lettre de M. S.DUPONT (extrait), Chercheur à l'UCL, du 1 mai 2002

(co-signée par neuf chercheurs de l'UCL et de l'ULB):



« Le droit au rêve a pour pendant le devoir de vigilance » Cette citation de Henri Broch résume mon état d'esprit alors que je regardais l'écran témoin de ce 29 avril consacré à La vie après la vie. Je suis passé de l'amusement à l'exaspération au fur et à mesure de l'émission en constatant la partialité avec laquelle les invités avaient été sélectionnés, les digressions par rapport au sujet abordé et la prise de position implicite du maître de débat. C'est donc bien malgré moi que je suis resté jusqu'au bout de l'émission, espérant un revirement radical ou l'apparition d'un esprit critique. La question de La vie après la vie est affaire de croyance et non pas de science. De plus, cet aspect du débat est rapidement passé en second plan en faveur d'un plaidoyer en faveur du paranormal. En tant que scientifique et surtout de citoyen impliqué dans une société dans laquelle je vis, il est de mon devoir de soulever les problèmes et les dangers d'une telle émission. A tous les échelons, notre société est gangrenée par l'obscurantisme et notre époque est exemplaire par la caisse de résonance que les médias offrent aux pseudo-sciences. Bien que ce phénomène soit largement banalisé, je trouve dommage que la RTBF fasse écho de ce genre de pratiques dans une émission qui se veut sérieuse, documentée et préparée. Vous ne pouvez ignorer l'impact que votre émission risque d'avoir sur le grand public. En effet, de nombreuses personnes ne disposent pas du recul nécessaire pour contester les dires de gens parfaitement honorables qui affirment avoir vécu des expériences extraordinaires et surnaturelles, parfois authentifiées par des spécialistes dont les fausses compétences sont attestées par des diplômes prodigieux ou une position sociale à responsabilité. L'objet de ma critique n'est pas seulement une lutte contre l'ésotérisme ou l'irrationnel mais surtout un combat contre la dictature intellectuelle, pour que le public ait au moins 2 facettes d'une information. En tant que média, votre rôle dans ce domaine est déterminant. Pourtant, cette émission est un exemple flagrant de parti pris et un échec des qualités de neutralité et de responsabilité qui vous incombe. En effet, imaginez le désarroi du docteur Breulet, seul esprit sceptique face à une majorité écrasante de convaincu. Une participation plus active de Michel Leurquin, membre du comité belge pour l'investigation scientifique des phénomènes réputés paranormaux, aurait peut-être pu élever un peu le débat mais Monsieur Van Hamme ne lui a laissé que 2 minutes pour s'exprimer. Que penser également du choix du grand témoin ? Monsieur Van Cauwelaert est sans conteste une personne très charismatique et par cela particulièrement dangereuse. L'entendre annoncer en toute impunité que la psychokinésie était scientifiquement démontrée et publiée est un des nombreux exemples démontrant la faiblesse dans le choix des invités (aucun chercheur sur le plateau) et le manque de préparation du dossier. Sur ce point, je vous invite à la lecture des ouvrages de Henri Broch (Le paranormal dans la collection Point ou Devenez sorciers, devenez savants dans la collection Odile Jacob) ou de Michel de Pracontal (L'imposture scientifique en dix leçons par l'édition du troisième millénaire). La présence d'un chercheur sur le plateau aurait permis une clarification des mécanismes de fonctionnement de la science (objectifs et démarche) et éviter la distillation de fausses informations. Le paranormal est tout sauf scientifique. Les quelques rares tentatives pour démontrer dans des conditions contrôlées un quelconque phénomène paranormal se sont toutes soldées par des échecs (pour plus d'informations, je vous conseille de consulter le site web des Zététiques http://www.zetetique.ldh.org/). Votre émission a certainement apporté de l'eau au moulin des sciences parallèles (voyance, astrologie, numérologie, magnétiseurs, etc.) qui sont passées, en quelques années, d'un niveau artisanal et local à un stade commercial et international. Les sociologues nous montrent que la croyance au paranormal est en pleine expansion, et ce pour tous les niveaux d'éducation. Plus de la moitié des Français croit à la transmission de pensée, aux magnétiseurs, à la psychokinèse, etc. Mais n'oublions pas, comme le soulignait Albert Jacquart que « transformer les citoyens en moutons soumis est le rêve de bien des pouvoirs. Pour y parvenir les moyens sont nombreux ; les intoxiquer de parascience peut être fort efficace ». Les croyances au paranormal sont des obstacles à l'avènement de l'homme libre, cherchant à comprendre sa destinée. Cette mystification de la connaissance abaisse l'homme par des explications de facilité et place de nombreux éléments hors du champ de la compréhension. Si d'aventure, vous aviez l'intention de réitérer ce genre d'émission, je vous invite à proposer un panel plus large de points de vue et surtout de mieux préparer le dossier. Dans cette optique, pourquoi ne pas faire une confrontation science, paranormal et société dans un débat consacré à la place de la science et du scientifique dans notre société. Je terminerai tout comme j'ai commencé sur une citation de Henri Broch : « Esprit (critique) es-tu là ? »



Je reste à votre entière disposition et j'attends votre réponse avec impatience.



Samuel Dupont,

Chercheur, Centre de Recherche sur la Biodiversité (Laboratoire de Physiologie Animale), Université catholique de Louvain



Avec le soutien de :



Dr Vincent Cambier, Chargé de Recherche FNRS, Centre de Recherche sur la Biodiversité (Unité d'Ecologie et de Biogéographie), Université catholique de Louvain
Dr Isabelle Donnay, Professeur & Chercheur Qualifié FNRS, Unité des Sciences Vétérinaires, Université catholique de Louvain
 

Géraldine Fauville, Chercheur, Centre de Recherche sur la Biodiversité (Laboratoire de Physiologie Animale), Université catholique de Louvain


Dr Anne-Laure Jacquemart, Professeur & Chercheur Qualifié FNRS, Centre de Recherche sur la Biodiversité (Unité d'Ecologie et de Biogéographie), Université catholique de Louvain


Sylvie Linotte, Collaborateur Scientifique FNRS, Hôpital Erasme, Service de Psychiatrie, Université Libre de Bruxelles


Dr Jérôme Mallefet, Professeur & Chercheur Qualifié FNRS, Centre de Recherche sur la Biodiversité (Laboratoire de Physiologie Animale), Université catholique de Louvain


Dr Pierre Oswald, Collaborateur Scientifique FNRS, Hôpital Erasme, Service de Psychiatrie, Université Libre de Bruxelles


Dr Etienne Quertemont, Chargé de Recherche FNRS, Laboratoire de Biologie du Comportement, Université catholique de Louvain


Nicolas Schtickzelle, Aspirant FNRS, Centre de Recherche sur la Biodiversité (Environnemétrie et Géomatique), Université catholique de Louvain


c) Lettre de M. M.SOUPART (extrait) du 3 mai 2002 à M. L'Administrateur Général:



A quoi avons-nous assisté ? A un véritable festival du Père Brune (non cautionné à ma connaissance par l'église catholique dont le catéchisme rejette l'évocation des morts) et consorts, approuvé de la tête et de la voix par M. Van Hamme qui semblait littéralement boire et admettre sans sourciller les propos du Père Brune et de .ses amis et clients car c'est presque de cela qu'il s'est agi ; de la publicité non déguisée pour une vision du monde et des gens que pas mal de personnes ne partagent pas du tout.

On est dans l 'imposture quand on avance d'autorité des choses extraordinaires sans en apporter la moindre preuve sérieuse et sans donner la parole à des contradicteurs de qualité et en nombre suffisant. Le neuropsychiatre présent ne s'est d'ailleurs pas fait faute de déclarer à un moment de l'émission qu'il était comme le méchant petit canard parce qu'il allait à l'encontre des énormités proférées par la quasi totalité des intervenants et qu'il se demandait ce qu'il faisait là.

Le représentant du comité des sceptiques n'a eu qu' une ou deux minutes pour essayer de faire entendre la petite voix de la raison face par exemple aux contes de fée aberrants débités d'une voix péremptoire par le prolixe écrivain Van Cauwelaert qui a, à plusieurs reprises monopolisé la parole et dont on peut se demander s'il possède un brin de sens critique. La primatologue C. Lemaire a été maladroite et n'a pas été comprise par plusieurs personnes. Cette scientifique ne croit pas à une incursion objective possible dans un au-delà hypothétique mais son message est, à mon avis, très mal passé.



d) Lettre (extrait) de M. J.CHAMPENOIS du 30 avril à M. Van Hamme



Quelle triste émission. Pourquoi toujours parler de choses qui ne font que déstabiliser les gens fragilisés par des deuils et pourquoi toujours mettre en avant des personnes souvent ignorantes et irrationnelles, qui ont perdu tout sens de la réalité suite à une douleur brutale, en face d' un seul scientifique? Et pourquoi toujours inviter Monsieur Brune que j'ai bien connu il y a plus de 30 ans, homme qui a eu une éducation complètement déstabilisante, faussement mystique, ne parlant que d'apparitions, de stigmates et toutes choses effrayantes, croyant toujours à tout et n'importe quoi, sans contrôle, si ce n'est le sien et celui de ses amis, tous portés à croire ce qui leur convient, relatant toujours des évènements complètement transformés, sortis de leur contexte et de leur substance. Ces livres sont incontestablement un fatras de religiosité de bazar, de croyance à une communication extrasensorielle et à de prétendus pouvoirs spéciaux. Pourquoi proposer cela comme modèle à une heure d'écoute?

Vous ne pouvez vous figurer le mal que cela occasionne. Et ce farfelu de grand témoin de l'émission avec sa conclusion étonnante digne d'une personne qui n'a vraiment pas le sens de la démarche scientifique, c'est le moins qu'on puisse dire. Je suis un ancien spirite qui ai cessé depuis très longtemps d'être médium

mais je vais toujours dans ce milieu, quand j'en ai l'occasion, pour voir si rien n'a changé dans la tête de ces gens désemparés, et j,y trouve toujours la même constante.

C'est pourquoi je donne depuis des années des conférences dans les écoles et les groupements pour leur donner une autre approche de celle des médias et là je constate l'horreur des dégâts occasionnés par des émissions telles que celle que je viens de regarder.



e) Commentaires de M. M.LEURQUIN, représentant le Comité lors de l'émission



Pour bien comprendre l'enjeu et le déroulement de cette émission, il convient d'ouvrir ici une petite parenthèse destinée à expliquer le néologisme : transcommunication instrumentale (TCI) ou tout simplement transcommunication. La transcommunication pourrait se définir comme l'ensemble des techniques qui permettraient aux défunts de prendre contact avec les vivants par l'intermédiaire de moyens de transmissions sophistiqués tels le fax, le téléphone, l'ordinateur et surtout le magnétophone. L'histoire de la TCI est assez récente. Tout aurait officiellement débuté en 1959 lorsqu'un certain Friedrich Jürgenson, un Suédois, en enregistrant des cris d'oiseaux en pleine nature, obtint sur sa bande de mystérieuses voix dont tout donnait à penser qu'elles provenaient de l'au-delà. Les premières images de défunts obtenues sur un écran de télévision dateraient quant à elles des années 80. Aujourd'hui un certain nombre de personnes dans le monde prétendent obtenir des messages de leurs proches disparus par TCI. Des milliers d'autres, désespérés par la perte d'un être cher, essaient aussi de capter des messages. En vain.

Le principe de l'émission est assez simple. Six invités principaux sont placés au centre du plateau. Ils sont entourés d'une vingtaine de personnes constituant le public. Parmi le public, quelques personnes peuvent également prendre la parole mais de manière plus brève. La tradition veut aussi que la RTBF invite à cette émission une personnalité faisant partie du gratin du show-biz ou du monde des médias. En général, la vedette du jour reste en retrait et ne donne son avis sur le sujet traité qu'en fin d'émission. Ce jour-là, le choix se posa sur l'écrivain français d'origine belge Didier Van Cauwelaert, prix Goncourt en 1994. Disons-le tout de suite, ce choix fut plus que discutable vu la personnalité de cet auteur à succès. Didier Van Cauwelaert ne cache en effet pas son intérêt voir même sa passion pour les phénomènes paranormaux comme en témoigne par exemple son (excellent) roman La Vie interdite. Il est convaincu de l'authenticité du paranormal et s'est même permis un jour de traiter les sceptiques de "terroristes du rationalisme ". Diable ! Il aime aussi parfois raconter que lorsque confronté à une panne d'inspiration (la fameuse angoisse de la page blanche), des entités spirituelles viendraient lui souffler son texte. Van Cauwelaert fréquente assidûment depuis assez longtemps les milieux de la transcommunication et est même un ami du Père François Brune, un étrange ecclésiastique dont on parlera plus loin. Pour la sérénité du débat, ce n'était pas l'idéal.

Comme c'est souvent le cas dans ce genre de débat, les partisans de l'authenticité de ces phénomènes eurent la part belle. Plusieurs participants racontèrent leur propre expérience de transcommunication dont un homme qui avoua en avoir presque perdu la raison et qui dut son salut à un voyage à Medjugorje, un prétendu lieu d'apparition de la Vierge dans l'ex-Yougoslavie. Étaient également présent un membre de l'Union spirite (avec un court extrait vidéo de médiums en transe qui pratiquaient l'écriture automatique), le responsable d'une association flamande qui étudiait les NDE (l'association francophone belge ayant, semble-t-il, périclité), une femme sentant la présence de fantômes et aussi le responsable de la salle des défunts d'un grand hôpital liégeois qui, courageusement, avoua n'avoir jamais eu le privilège d'assister à la moindre manifestation surnaturelle dans l'exercice de son métier. Mais une telle émission ne peut se faire sans la présence obligatoire du grand spécialiste français de la transcommunication, auteur de plusieurs livres sur le sujet (dont un avec le parapsychologue Rémy Chauvin) : le Père François Brune, un prêtre parisien. Avec sa sympathie et sa bonhomie habituelles, François Brune donna des explications sur la TCI comme si celle-ci était le phénomène le plus naturel du monde. Il clame aussi haut et fort qu'aucune explication rationnelle ne peut être donnée à la TCI. Dans ses livres, le père Brune va jusqu'à prétendre que ses amis scientifiques qui s'intéressent à la communication avec l'au-delà sont mis au ban de la communauté scientifique par leurs collègues mais que leurs travaux seront un jour reconnus et qu'ils rentreront dans l'Histoire comme d'autres précurseurs tels Copernic ou Galilée. Il est peut-être important de préciser ici certaines choses sur le Père Brune vu qu'aucun journaliste n'ose le faire. L'intérêt que porte François Brune aux phénomènes spirites (car la transcommunication n'est rien d'autre qu'une forme moderne de spiritisme) n'est pas sans poser certaines difficultés théologiques importantes. En effet, la Bible condamne avec la plus grande vigueur ceux qui veulent entrer en communication avec les morts. L'Eglise catholique interdit également à ses fidèles ces pratiques comme on peut le lire encore actuellement dans son Catéchisme. Le Père Brune est donc tout à fait en porte-à-faux avec son Eglise. Vu ses convictions qu'il refuse de remettre en doute, il fut suspendu par sa hiérarchie de ses fonctions comme chargé de cours dans un séminaire sulpicien. Depuis, il ne semble plus être autorisé à mener une quelconque mission au sein de l'Eglise catholique. Il en garde une certaine rancour puisqu'il considère l'attitude de l'Eglise sur la transcommunication comme "scandaleuse ".

Des sceptiques, il en eut cependant aussi. Un brillant neuropsychiatre expliqua de manière très claire que certains phénomènes spirites pouvaient s'expliquer par les curieuses fantaisies de l'esprit humain (troubles de la personnalité, dédoublement de personnalité, .). Une ethnologue française tenta d'expliquer que les expériences de voyages hors du corps (OBD) n'étaient rien d'autre que des rêves éveillés. Ses propos, hélas ! , ne furent pas très compréhensibles pour les téléspectateurs. Leur tâche était difficile vu que le débat était fortement orienté et émotionnel. Combien de téléspectateurs savaient que l'entièreté du plateau (ou presque) était des gens très proches du père Brune ? Le Comité Para, contacté par la RTBF, envoya également un représentant sur le plateau : votre serviteur. Présent dans le public, je n'ai pu intervenir qu'en toute fin de soirée et de manière extrêmement brève. L'émission touchant en effet à sa fin. Les choses auraient peut-être pu être différentes si l'écrivain Didier Van Cauwelaert ne crut bon de prendre la parole à tous moments pour raconter des choses un peu folles, privant ainsi les autres intervenants d'un temps de parole précieux. Ce fut cependant suffisant pour moi de préciser la position du Comité Para vis-à-vis de ces phénomènes : En 50 ans d'existence, notre Comité n'a jamais trouvé la moindre preuve de l'existence d'une communication entre des morts et des vivants et cela malgré différentes expérimentations avec des médiums. Nous restons donc prudents quant à la réalité de ces phénomènes mais que nous étions prêts à collaborer à des expérimentations pour autant que l'on nous propose un protocole sérieux. L'expression de ma pensée restait ainsi conforme à la philosophie des membres fondateurs du Comité (et qui reste encore la nôtre actuellement) : " Qu'on nous soumette donc des faits précis ou un programme d'expériences simple et se prêtant à répétition, les uns et les autres parfaitement contrôlables ; nous nous engageons à publier, quels qu'ils puissent être, les résultats de notre examen ". Nous attendons.

Après cette émission, bon nombre de téléspectateurs avouèrent avoir ressenti une espèce de malaise. Les croyants ont monopolisé la parole pendant 80% du temps avec la complicité du présentateur faussement ingénu. Il n'y eut donc pas à proprement parler de débat contradictoire. Les faits spirites étaient présentés comme authentiques et prouvés de manière scientifique, ce qui n'est pas le cas. Il est regrettable qu'une chaîne publique puisse agir de la sorte pour de basses raisons d'audimat. Cela pose des questions de la présence de groupes sceptiques dans ce type d'émissions où nous tenons un rôle de simples figurants. Des Comités frères à l'étranger refusent systématiquement de participer encore à des émissions sur le paranormal. Mais agir de la sorte ne serait-il pas faire le jeu des zélateurs du paranormal qui auraient ainsi le champs libre pour développer leurs théories fantasques. Le débat est à présent ouvert.



b) SUR FRANCE 2

Le 16 mai 2002, France Deux a consacré une heure de son émission Envoyé Spécial à la numérologie. Après quelques brèves considérations sur ce qu'est celle-ci, nous avons pu voir à l'oeuvre plusieurs numérologues. Chaque intervention était critiquée par un scientifique dont Jean-Pierre THOMAS, secrétaire-général de l'AFIS (Association Française pour l'Information Scientifique). Ceux-ci ont montré le caractère fantaisiste et même parfois délirant des "diagnostics" présentés. Ils en ont aussi souligné les dangers. Après chaque consultation, les clients interrogés par le journaliste enquêteur se disaient satisfaits à l'exception toutefois d'une jeune femme qui se rendait compte qu'elle avait été piégée. Il faut ajouter que la numérologie est en pleine expansion. A la fin du reportage, le responsable a déclaré à la présentatrice de l'émission Guilaine CHENU, que la numérologie n'avait aucun fondement scientifique et qu'il s'agissait plutôt d'arnaque.

Bravo pour cette précision.


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lundi 5 juin 2017 
Auteur : Comité Para / O. Mandler
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