DOSSIER : la numérologie

La Science face au défi du paranormal pp 129-135

1. Mise en garde
2. La numérologie au sens étymologique
2.1. Principe
2.2. Notions de datation
2.3. Effets d'un changement de système chronologique
2.4. Absence d'homogénéité
2.5. Notions de numération
3. La numérologie alphabétique
4. A méditer
5. Un avis autorisé
Bibliographie


1.- MISE EN GARDE:

Etymologiquement, la numérologie serait la théorie des nombres.

Mais c'est là une usurpation de terminologie, car en fait de théorie, on ne trouve qu'une escroquerie intellectuelle de taille, la numérologie étant basée encore plus que toute autre supercherie, sur des incongruités. La vraie théorie ou science des nombres est l'arithmétique.

S'il y a bien parmi les croyances "populaires" un domaine qui ne devrait pas mériter qu'on s'y intéresse un tant soit peu, c'est évidemment la numérologie, vu l'inconsistance de ses principes.

Nous nous y arrêterons néanmoins afin de faire ressortir son incohérence vu la place qu'on lui accorde dans certaines revues.

Nous distinguerons deux aspects de la numérologie: d'abord celle faisant appel aux nombres seuls (la numérologie au sens étymologique), puis celle basée sur une évaluation numérique des lettres d'un alphabet (la numérologie alphabétique).

2.- LA NUMEROLOGIE AU SENS ETYMOLOGIQUE

2.1.- Principe

Dans le n° 2710 de l'hebdomadaire Elle du 8 décembre 1997, p.182, par exemple, il est écrit que la numérologie permet d'obtenir des prédictions, ou plutôt de définir la "vibration", l'ambiance de votre semaine.

On peut tout d'abord se demander ce qu'on peut comprendre par "vibration"? Quand on a une grippe on ressent aussi des "vibrations" dues à la fièvre, comme on en ressent dans un autobus à la suspension fatiguée sur une route cabossée. Mais ces vibrations là s'expliquent...

Ceci dit, voyons comment il est proposé de procéder.

Calculez tout d'abord votre chiffre pour l'année 1997. Pour cela, additionnez votre jour, votre mois de naissance et le chiffre 8 (qui est la réduction de l'année 1997).

Exemple: pour le 14 septembre 1997,

on a: 14 + 9 + (8) = 31 d'où 3 + 1 = 4

Ce chiffre est votre chiffre personnel pour l'année 1997. Chaque semaine , il vous donne votre vibration.

Notons au passage que ce que l'on appelle pompeusement la "réduction de l'année 1997" n'est autre que l'équivalent numérologique de la somme: 1+ 9 + 9 +7 = 26 d'où 2+ 6 = 8.

L'hérésie de ce principe de calcul s'étend à la fois au domaine de la datation et à celui de la numération.

2.2.- Notions de datation

Dater un événement consiste à situer parmi les jours qui se suivent celui où cet événement s'est produit, par tout procédé de comptage à partir d'un certain jour de référence. Une date est donc la localisation précise d'un jour dans un système chronologique quelconque que l'on appelle généralement: calendrier. Cette localisation peut se faire soit par un décompte régulier des jours depuis un événement historique ou astronomique convenu comme origine, soit à l'aide d'un système de cycles successifs parfaitement définis.

Ainsi, au premier cas appartient la datation par le système des jours juliens, l'origine du décompte des jours étant définis de manière astronomique (*).

Au deuxième cas correspond le calendrier que nous utilisons de nos jours, le calendrier grégorien, lequel comporte divers cycles, entre autres: des années de 365 et de 366 jours et des mois de 31, 30, 29 ou 28 jours.

Mais tout autre système peut être utilisé. C'est ainsi que l'on connaît: le calendrier israélite, le calendrier musulman, le calendrier républicain, etc. dont on trouve la description par exemple dans les éditions successives de l'Annuaire de l'Observatoire Royal de Belgique.

2.3.- Effets d'un changement de système chronologique

Quel effet a le passage à un système chronologique différent de celui que nous utilisons tous les jours et dont se sert la numérologie? Il ne devrait pas y en avoir puisque la datation ne peut être qu'un "intermédiaire" entre l'époque de naissance et son action supposée sur l'individu.

Or, si au lieu de notre calendrier quotidien, on adopte le système des jours juliens, le plus simple et dès lors le mieux adapté à la chronologie séculaire, on trouve d'après le tableau I, que:


Tableau I

Tableau en construction


(Partie d'un tableau de La Connaissance des Temps -1979, p. A56)


(*) On appelle jours juliens, les jours d'égale durée permettant de dater un événement et dont l'origine a été choisie à une date où les divers cycles constituant le comput s'initialisent simultanément. En changeant cette origine on ne change rien au principe de datation (C.I.L.F. - Vocabulaire de l'Astronomie, 1980). L'année 1999 du calendrier grégorien (le nôtre!) correspond à l'année 6712 de la période julienne de 7980 ans (Annuaire de l'Observatoire Royal de Belgique).


le 1er janvier 1997 est le......... ...................................... 2.450.449e jour julien,

du 1er janvier au 14 septembre 1997 il y a..................... 257 jours,

le 14 septembre 1997 est donc le ...................................... 2.450.706e jour julien

soit, en adoptant le principe de la numérologie, pour "chiffre personnel":

2 + 4 + 5 + 0 + 7 + 0 + 6 = 24 d'où: 2 + 4 = 6

et non 4 !

comme trouvé en 2.1.-

On voit déjà les réactions: la numérologie serait essentiellement adaptée au calendrier grégorien. Mais alors elle n'est pas valable pour les musulmans, les israélites etc. Ainsi, la numérologie est aussi arbitraire que le calendrier auquel elle se rattache!

2.4.- Absence d'homogénéité

Il y a bien plus. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, à tout chiffre personnel (le 4 par exemple) correspondent de nombreuses dates de naissances. Ainsi:


pour le 8 juin 1997, on a: 8 + 6 + (8) = 22 d'où 2 + 2 = 4


et aussi pour le 9 mai, le 10 avril, le 11 mars, le 12 février, le 13 janvier et pour le 8 juin, le 7 juillet, le 6 août, etc.

Mais dans le système des jours juliens on trouve par exemple que:


le 1er janvier 1997 est le ............................................... 2.450.449e jour julien,

du 1er janvier au 8 juin 1997, il y a ............................... 159 jours,

le 8 juin 1997 est donc le ................................................... 2.450.608e jour julien


et pour chiffre personnel: 2 + 4 + 5 + 0 + 6 + 0 + 8 = 25 d'où 2+5 = 7

et non 4 !

ni le 6, trouvé en 2.3.

Des dates différentes (ici: le 14 septembre et le 8 juin 1997) conférant dans le calendrier grégorien actuel un même chiffre personnel (ici: 4), conduisent donc dans un autre système chronologique à des chiffres différents (6 et 7). Et que l'on ne dise pas que nous avons oublié d'y ajouter un chiffre correctif du genre "réduction de l'année". Il n'y a plus d'années dans le système des jours juliens!


2.5.- Notions de numération

Supposons que nous ayons à compter 26 pommes. Différentes façons de procéder se présentent. On peut par exemple considérer deux paquets de 10 pommes et un reste de 6 pommes. C'est l'illustration du système décimal moderne, dans lequel le décompte s'écrit: 26 pommes, le premier chiffre représentant le nombre de paquets (2) de 10 pommes, le deuxième, le nombre (6) de pommes ne permettant plus de constituer un paquet de 10 unités.

On pourrait considérer des paquets de 8 pommes ce qui permettrait alors d'en constituer 3, avec un reste de 2 pommes et dans ce système de numération, le nombre total de pommes serait représenté par le nombre: 32. C'est le système de numération octale.

Tout autre système de numération peut être utilisé dont la description et l'historique ont été données par G.IFRAH dans un remarquable ouvrage (1984, chap. 3). Par exemple: numération de base 4, numération de base 16 (hexadécimale), numération de base 12 (duodécimale) et numération de base 2 (binaire) fondamentale en informatique.

Mais pour notre démonstration, restons-en à un seul système de numération - le système octal - autre que le système décimal. On trouvera dans le tableau 2, quelques correspondances entre ces systèmes.

Or, que constate-t-on? D'abord que des nombres comme 5, 14, 23, 32, 41 et 50 donnent "numérologiquement" dans le système décimal, le même chiffre: 5.

Ensuite que dans le système octal par contre:

au lieu de 14 on a: 16 d'où 1 + 6 = 7 ou: 7

23 27 2 + 7 = 9 2

32 40 4 + 0 = 4 4

41 51 5 + 1 = 6 6

50 62 6 + 2 = 8 1 etc.


respectivement, suivant que l'on applique le principe de la numérologie dans le système décimal ou octal.

Comme on pouvait s'y attendre, la belle ordonnance que l'on essaie de faire "gober" disparaît donc en passant d'un système de numération à l'autre. Mais de cela les numérologues n'en ont cure et ne l'expliquent pas aux lecteurs des journaux à sensation.


Tableau 2 (Numérations décimales et octales)

Tableau en construction



3.- LA NUMEROLOGIE ALPHABETIQUE

Le principe de la numérologie au sens étymologique a été étendu dans diverses directions en particulier vers une évaluation numérique des lettres. Elle semble avoir pour origine la notion d'alphabet numéral (G.IFRAH, II, p.15). En fait dès le développement de l'écriture, que ce soit en Inde, en Egypte, chez les Hébreux ou les Arabes, les notions de chiffres et de lettres se sont trouvées sensiblement imbriquées l'une dans l'autre. Au point que par exemple dans la numération inventée par l'astronome indien ARYABHATA vers +510 , 33 lettres de l'alphabet indien sont mis à contribution pour représenter tous les nombres de 1 à 10 18 (ibidem, p.105).

L'inverse fut fait également et de nos jours, on a conservé l'habitude de remplacer dans la numérologie moderne, les lettres par des chiffres suivant un code tel que le propose J.D.FERMIER (1984):



A=1, B=2, C=3, D=4, E=5, F=6, G=7, H=8, I=9, J=1, K=2, etc...



et d'appliquer ensuite le principe de la numérologie exposé ci-dessus.

D'après les numérologues,

1) le prénom serait le signe de l'évolution personnelle (que l'on s'appelle John ou Wenceslas, cela fait "2"),

2) le nom fournit le nombre d'hérédité (Exemple: Comité Para, cela fait "3"),

3) la date de naissance forme le nombre de destinée ou "chemin de vie" en le calculant comme nous l'avons vu au § 2.1.

On totalise ensuite le tout et l'on trouve un nombre dont la signification reste une énigme pour l'homme instruit.

Il est inutile de préciser que le choix d'un autre alphabet modifie de fond en comble le résultat des calculs comme le fait le choix d'un autre calendrier dans l'exemple précédent.

Les auteurs ne disent pas non plus pourquoi on ne pourrait pas compter les lettres de l'alphabet en sens inverse , ni pourquoi on ne pourrait pas "sauter" une lettre sur deux etc.

Notons par ailleurs que l'on ne trouve nulle part dans la littérature numérologique l'ombre d'une explication claire et "objective" du pourquoi de ces attributions symboliques. Comment d'ailleurs donner de tant d'invraisemblances une explication quelconque? On ne s'étonnera donc pas qu'il est régulièrement fait allusion à des secrets provenant de l'Atlantide, à la Cabale, etc. c'est-à-dire à un mélange hétéroclite de connaissances ésotériques superficielles et mal digérées.


4.- A MEDITER

Le principe de la numérologie fait penser au problème classique de la recherche de l'âge de l'instituteur sachant que sa classe comprend 32 élèves, 17 bancs, 3 cartes géographiques, 4 fenêtres, 2 portes et 1 tableau noir....

L'humour en est perçu par tout un chacun et ce n'est pourtant pas plus farfelu que ce que nous venons de décrire.

On peut s'étonner dès lors, que des hebdomadaires se disant ou se croyant sérieux, accordent tant de place à cette bêtise intellectuelle.

Mais ce n'est pas tout. Cl. de MELLEVILLE n'a-t-elle pas inventé la "nombrologie" (J.SMETS, 1998) plus farfelue encore. Elle consiste à combiner de manière encore plus alambiquée des nombres énoncés rapidement et sans réfléchir. Leur analyse reproduirait le plus profond de nous-même en traduisant notre inconscient. Inutile de dire que toute cela est lié non seulement à la numérologie, mais aussi aux tarots, à l'astrologie et à la géomancie.


5.- UN AVIS AUTORISE

Pour terminer, nous reprendrons ici le jugement porté sur la numérologie par J.ROSTAND dans De la Vanité et rapporté par G.IFRAH (1984, p.747):

... les numérologues, non contents de répandre leur obscurantisme et leur ignorance, exploitent sans scrupule, à leur seul et unique avantage, la naïveté et la misère humaines. Ceux-ci, par ailleurs, sans renoncer un seul instant au confort procuré par la science contemporaine, ont l'audace de porter attaque à ce qu'ils appellent la "science officielle", incapable, selon eux, de saisir la substilité de la prétendue puissance cachée des nombres, qu'une tradition présumée remonter à Adam et à Abraham, leur aurait transmise par voie initiatique.


Bibliographie


ANNUAIRE DE L'OBSERVATOIRE ROYAL DE BELGIQUE, Chronologie, Ed. Hayez, Bruxelles;

C.I.L.F. (Conseil International de la Langue Française) - 1980 - Vocabulaire de l'Astronomie, Ed.Hachette, Paris;

CONNAISSANCE DES TEMPS, - 1979 - Période Julienne, Ed. Gauthier-Villars, Paris;

(Ce tableau identique à lui-même d'une année à l'autre, n'est plus donné dans les annuaires suivants pour des raisons de place);

FERMIER, J.D. - 1984 - La numérologie facile, Ed. Jacques Grancher, Paris;

IFRAH, G. - 1984 - Histoire Universelle des chiffres, Ed. R.Lafont, Paris (2 volumes);

SMETS, J. - 1998 - Dis-moi un nombre et je te dirai qui tu es... Le Soir Illustré, n° 3433, p.58.



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mercredi 28 juin 2017 
Auteur : Comité Para / O. Mandler
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