DOSSIER : la construction des pyramides

PREAMBULE:

Seule des "Sept Merveilles du monde antique" qui nous soit restée, l'ensemble des trois grandes pyramides de Guiza, construites il y a 4.500 ans, fascinent et impressionnent toujours les visiteurs. Cette admirable prouesse des anciens  interpelle et stimule notre imagination.

Comment est-il possible qu'au début de l'âge du bronze, vers 2.500 av. J.C., alors que les treuils et les poulies n'étaient pas connus, des hommes aient pu transporter et soulever 2,5 millions de blocs taillés avec tant de précision, pesant chacun 2 à 3 tonnes, pour atteindre, dans le cas de la pyramide de Khéops, une masse gigantesque de 140 mètres de haut?

On reste déconcerté par cet ouvrage étonnant, aux dimensions surhumaines. Alors que le reste du monde en est toujours à l'âge de la pierre, les anciens égyptiens apparaissent comme une civilisation supérieure venant d'un autre monde.

Certains adeptes du mystère et du fantastique, mais peu soucieux des vérités historiques, n'hésitent pas à attribuer ces remarquables ouvrages à une intervention d'extra-terrestres, il y aurait 8.000 ans! D'autres, à l'instar des films péplums des années 1950-1960, ont imaginé l'exploitation cruelle du travail de milliers d'esclaves fouettés, pour satisfaire la mégalomanie implacable du pharaon.

Bien que la technique des bâtisseurs n'ait été décrite dans aucun document épigraphique, les égyptologues et les architectes qui ont étudié ces édifices ont avancé plusieurs hypothèses plus ou moins satisfaisantes. Des questions restent toujours sans réponses.

C'est dans ce cadre d'incertitudes qu'est apparue, au début des années 1990 (de notre ère!), la thèse de la construction par un procédé similaire à celui de la fabrication du béton.

Le secret de la construction des grandes pyramides réside-t-il dans la fabrication de blocs coulés en béton?

                                                Pierre HENDRICHS



RAPPEL

Dans notre bulletin Nouvelles Brèves n° 66 (pp.1023-1029) nous avons fait écho à cette nouvelle hypothèse sur la construction des pyramides dont les promoteurs sont les Professeurs J DAVIDOVITS, Directeur de l'Institut Géopolymère à Saint-Quentin, France et G.DEMORTIER des Facultés N.D. de la Paix à Namur. Les blocs de pierre ne seraient pas taillés mais bien coulés par un procédé original.

Les principaux arguments avancés par ces chercheurs sont:

1) une juxtaposition verticale remarquable des faces en contact malgré une certaine irrégularité dans la forme des blocs, conséquence naturelle de l'usage d'un coffrage;

2) l'existence d'une porosité plus faible des blocs à leurs bases et plus importante à leurs parties supérieures quelle que soit la position des blocs dans l'édifice. Cette porosité ne peut s'expliquer dans le cas de blocs taillés mais bien dans le cas d'un “béton” à prise rapide;

3) des mesures d'absorption d'ondes électromagnétiques effectuées par une équipe américaine à la recherche d'éventuelles cavités dans la pyramide de Chéops ont montré que les blocs comportent quelque 10% d'eau alors que dans le cas de blocs extraits d'une carrière, on s'attendrait à un pourcentage de l'ordre de 1%;

4) la pyramide de Khéops comporte 2,6 millons de blocs d'un m3. En admettant une durée de vingt ans pour sa construction, il a fallu prendre en compte 400 blocs par jour. La technique de la taille et du déplacement des blocs se heurte à l'encombrement du chantier par les ouvriers, alors que celle du coulage s'avère plus vraisemblable. Une étude détaillée montre que le transport des divers constituants du mortier (Dont les matériaux étaient du calcaire trouvé sur place malaxé en solution aqueuse avec notamment du limon et du natron, carbonate de Sodium hydraté naturel dont les Egyptiens se servaient pour déshydrater les corps à embaumer et que l'on trouve en abondance dans la région qui porte d'ailleurs le nom de “Ouadi Natrum”.) par petites quantités est plus plausible.

5) Les plus importantes sources de natron se trouvent dans la région du Caire sur la rive gauche du Nil où se trouvent la plupart des pyramides;

6) un grand nombre de blocs ont pour largeur un multiple d'une dimension standard qui serait “la palme égyptienne” (environ 8 cm), largeur d'une planche verticale du moule;

7) d'autres faits encore viennent corroborer cette hypothèse parmi lesquels des documents comme la célèbre stèle d'Eléphantine sur laquelle des hiéroglyphes font état du secret d'Imhotep, inventeur du ciment et architecte des pyramides, mais aussi un bas-relief de la tombe de Rekhmire illustrant le déversement d'ingrédients pour la fabrication d'un bloc par moulage.



On aurait aimé savoir dans quelle mesure cette hypothèse est acceptée par les égyptologues. Malheureusement il semblait qu'un certain ostracisme se développait à cet égard.

Depuis lors nous espérions voir organisé une confrontation entre ces défenseurs des deux théories : blocs taillés ou blocs coulés comme le souhaitait d'ailleurs le Prof.DEMORTIER lui-même.

Or, une double occasion favorable s'est récemment présentée dans l'organisation de deux conférences, données l'une par le Prof. Joseph DAVIDOVITS, spécialiste des géopolymère à l'AQUARIUM (Université de Liège) le vendredi 26 septembre 2003, l'autre par le Prof. Guy DEMORTIER, physicien nucléaire, au Centre Culturel à Jodoigne le 26 octobre 2003, chaque fois en présence du Dr. Dimitri LABOURY, égyptologue, chercheur FNRS à l'Université de Liège  qui conteste les arguments rappelés ci-dessus.

La synthèse ci-après portant sur l'ensemble des deux séances-débats, établie par l'un de nos membres ayant assisté avec d'autres à ces conférences, rapporte avec objectivité pensons-nous, les arguments avancés de part et d'autre.



SYNTHESE des exposés

Nous nous sommes efforcés de résumer ci-après les principaux arguments avancés par les conférenciers, ainsi que les objections de l'égyptologie. Afin de garder des repères dans la période concernée, s'étalant sur 3 millénaires, nous avons indiqué les dates correspondantes.

1) Pierres ré-agglomérées.

J.Davidovits: Les égyptiens ont utilisé un procédé de géosynthèse identique à celui mis au point par lui-même, en France, à partir des années 1980.

Si les pyramides primitives à degrés de Saqqarah, inventées par le fameux architecte Imhotep, en 2.770 av.J.C., ont bien été construites en briques calcaires de même dimensions que les briques d'argile, pesant 20 à 50 kilos/pièce, il n'en est pas de même pour les grandes pyramides où les blocs dépassent 2.000 kilos chacun.

La masse impressionnante de 2.500.000 blocs ( 7 millions de tonnes!) de la pyramide de Khéops est constituée de "pierres ré-agglomérées".

En utilisant les matériaux trouvés sur place: carbonate de sodium (Na2CO3) + Chaux éteinte Ca(OH)2, on obtient, par un procédé similaire à la fabrication du béton, de la soude (2NaOH) + du calcaire CaCO3.

Des blocs fabriqués en France, avec des moyens rudimentaires, en respectant rigoureusement des compositions chimiques identiques et un degré d'humidité précis, ont permis de fabriquer des gros blocs de "pierres", qui, observés dans des laboratoires spécialisés en pétrographie, donnent les mêmes caractéristiques que celles des pierres naturelles. Pas besoin de réaliser une préparation type béton; les égyptiens ont utilisé la "caillasse" présente sur place.

G.Demortier: Il n'est pas possible que, même en 25 ans, les égyptiens aient pu extraire, tailler, transporter mettre en oeuvre autant de blocs; la méthode du moulage permet de tout expliquer.

Il existe au nord de Guiza, sur la même rive gauche que les pyramides, un endroit appelé Ouadi Natrum, c'est là que les anciens égyptiens on trouvé le carbonate de sodium nécessaire à la fabrication des blocs. On connaît par ailleurs l'importance du natron dans le procédé de momification!

En 2.770 av.J.C., Djeser a construit la première pyramide à degrés, à Saqqarah.

Snefrou (IVe dynastie 2.620 av.JC.) a construit à Meïdoum, la première pyramide à faces lisses, en dalles de calcaire, celle-ci  a toutefois présenté des problèmes de cohésion.

Ce sont ses successeurs (2.570 à 2.450 av.J.C.) qui ont construit les plus belles pyramides en changeant la technique.

On remarque que les trois grandes pyramides (Khéops, Khéphren, Mykérinos) sont constituées de gros blocs et présentent les mêmes pentes.

Les blocs collent parfaitement les uns aux autres et ne sont pas des parallélépipèdes rectangles.

Les pierres reconstituées sont composées de 85 % de calcaire et de 15% de liant, soit 19% de Natron, 16% de chaux, 20% d'eau, 20% de Mafkat (?)  (c'est-à-dire, 5% de Turquoise + 5% de Lapis-lazuli + 10% Silice) et 3% d'Argile.

D.Laboury : Si toutes les pyramides (plus de 80 !) et les mastabas sont sur la rive gauche, c'est parce que c'est le côté du couchant, celui du domaine des morts.

En effet, le Nil, source de la richesse de l'Egypte, coule, pratiquement en ligne droite, du Sud vers le Nord. A droite, du côté du levant, le domaine des vivants, les temples, les villes. A gauche, où le soleil se couche, les nécropoles.

C'est pour des raisons religieuses que les mastabas, pyramides, temples funéraires, tombes de la Vallée des rois, etc., se trouvent sur la rive gauche, celle du soleil couchant.

On n'a pas construit les pyramides là-bas parce qu'il y avait des matériaux disponibles de ce côté. Si c'était cela la raison, ils auraient, de préférence construit du côté du levant, sur la rive droite où se trouvent la plupart des grandes carrières de calcaire et de granit.

Les blocs calcaires ont été extraits des carrières situées à proximité des pyramides et aussi de celles de Toura, de l'autre côté du Nil, sur la rive est; les monolithes de granit proviennent des carrières près d'Assouan. Les blocs étaient taillés, transportés par bateaux sur le Nil, placés sur des traîneaux, et ensuite, tirés et poussés sur des rampes jusqu'à la pyramide en construction.

Les blocs taillés retrouvés dans les carrières, non expédiés, attestent de leur origine.

Plusieurs représentations de déplacement de blocs et statues colossales sur des traîneaux ont été retrouvées dans les mastabas; on peut voir de nombreux ouvriers attelés aux traîneaux et l'un d'eux répandant de l'eau, sur un lit d'argile, à l'avant du traîneau, pour faciliter le glissement. Il n'y a pas de secret pour la manutention des gros blocs: un seul homme peut, sur une surface lisse, déplacer, en la faisant glisser, une masse qu'il serait incapable de soulever. Chacun peut, chez lui, déplacer un gros coffre en le poussant.

2) Densité.

G.Demortier: La densité des blocs est différente de la base au sommet. La porosité maximale apparaît toujours dans la partie supérieure. Cet aspect poreux est caractéristique d'un matériau qui se solidifie rapidement.

D.Laboury: Comment peut on tirer des conclusions sur la densité différentielle, entre la base et le sommet des pierres, alors qu'aucune étude sérieuse n'a été faite?

L'aspect moins compact, ou poreux, provient de l'érosion durant les siècles.

3) Mythologie

J.Davidovits: La mythologie égyptienne atteste la connaissance du procédé.

Le dieu Khnoum est celui de la pierre coulée, donc façonnée; tandis que le dieu Amon porte les références de la pierre taillée. Les symboles des hiéroglyphes dans la chambre du roi le confirment: "Khnoum, dieu des potiers protège Khéops".

D.Laboury: Ces références ne sont pas correctes, le dieu Khnoum n'avait pas cette importance et ces attributions. Le dieu Amon, non plus. Il y a une mauvaise interprétation des signes hiéroglyphiques, dans les cartouches qui ont été montrés.

J.Davidovits: Nous sommes bien obligé de nous servir des traductions faites par les égyptologues; malheureusement ceux-ci varient au cours du temps et ne sont pas toujours d'accord entre eux!

4) Rampes

J.Davidovits: Les rampes en argile n'auraient pas permis de monter des blocs, vu les inclinaisons importantes, 14 %, et les risques d'enlisement.

G.Demortier: Une grande rampe hélicoïdale périphérique, imaginée par certains, s'allongeant et s'élevant avec la pyramide, en s'appuyant sur elle, est absurde. Si on veut que les équipages puisse tirer les traîneaux, une pareille rampe doit avoir une largeur suffisante, ce qui nécessiterait un volume de maçonnerie proche de celui de la pyramide elle-même!

De plus, la distance parcourue vers le sommet  s'allonge de façon exorbitante, jusqu'à atteindre plusieurs kilomètres.

D.Laboury: Ce sont des rampes moins gigantesques qui ont été utilisées. On a retrouvé sur de nombreux sites, les vestiges de rampes perpendiculaires aux faces des pyramides et qui n'ont pas été démantelées - De nombreuses photos sont montrées - Ces rampes présentent une inclinaison de 12 à 18 %. Ceux qui ont visité Louxor ont pu constater, qu'il subsistait encore au verso d'un pylône, à Karnak, un exemple d'un tel échafaudage en briques crues. Des madriers ou planches de récupération posées à plat dans les échafaudages de briques facilitaient le glissement.

On a retrouvé pour d'autres ouvrages des papyrus mentionnant le nombre de briques nécessaires à la construction d'une rampe.

5) Pierres taillées ou pierres coulées?

J.Davidovits: Pour l'époque de la construction des grandes pyramides, on ne trouve pas de traces de taille de blocs dans les carrières; les faces des blocs sont lisses.

La taille laisse des stries caractéristiques sur les faces des blocs, et on n'en retrouve pas à cette époque, parce qu'ils ont cessé de tailler; ils ont changé de technique

Il était beaucoup plus facile de transporter l'eau et les ingrédients, par petites quantités que de manutentionner des gros blocs.

G.Demortier: Les outils en métal dont ils disposaient étaient en cuivre. Il n'est pas pensable d'avoir pu tailler tous ces blocs avec des outils aussi rudimentaires. D'ailleurs, on n'a pas retrouvé ces outils.

Dans les pierres calcaires naturelles, les coquillages et fossiles sont alignés, alors que dans les échantillons ramenés, on les trouve emmêlés, preuve d'un malaxage.

D.Laboury: Les preuves des tailles des blocs existent et on a retrouvé certains outils, des coins ayant servi à la découpe.

Personne ne conteste que les pierres utilisées pour les temples étaient taillées.

Si on n'a pas retrouvé d'outils en cuivre, c'est parce que le métal était rare et précieux, il a été refondu.

Il est interdit, par les autorités, de faire des prélèvements sur place. De plus les prélèvements effectués à la sauvette, non correctement repérés, ni contradictoires, n'ont aucune valeur scientifique. Un touriste peut très bien croire original un fragment prélevé - à ses risques et périls - dans une réparation effectuée au XXème siècle, avec du vrai béton.

Les désordres des nummulites, observés en surface des pierres calcaires, sont identiques à ceux trouvés sur des falaises naturelles.

Un intervenant, géologue de son état, a par ailleurs contesté aussi l'argument de l'alignement des fossiles dans les pierres calcaires .

6) Ajustement des blocs

G.Demortier: Il n'est pas possible d'obtenir des blocs aussi bien ajustés, en les taillant.

D.Laboury: Les blocs extraits des carrières sont livrés dégrossis et ensuite ajustés sur place. Il existe dans les temples, des constructions en gros blocs plus ou moins grossiers, en bossage, qui, une fois ravalés, en travaillant de haut en bas, présentent des faces parfaitement ajustées et pratiquement lisses. - Un exemple de construction où seule la partie supérieure a été ravalée, avec la partie inférieure toujours en bossage, vient illustrer cette affirmation.

7) Coffrages

G.Demortier : Des photos réalisées au téléobjectif sur la face de la pyramide, ont permis de mesurer les blocs avec précision. Elles montrent que, si les longueurs des blocs varient, elles sont toutes un multiple de la palme égyptienne qui vaut 7,56 cm.

Ces 7,56 cm représentent la largeur des planches placées verticalement pour réaliser le coffrage. Un modèle de planches coulissant les unes par rapport aux autres est montré. La hauteur d'un bloc est celle de la plus courte planchette du moule. Il n'y a pas de traces de coulées, parce que les égyptiens commençaient par assurer les joints d'étanchéité à la base. Les irrégularités des blocs seraient dues à des accidents de démoulage.

Autre preuve: Le plafond étoilé de la pyramide d'Ounas montre clairement les limites latérales des planches des moules.

D.Laboury : Ces planches, ainsi rabotées, assemblées par rainures et languettes, n'existaient pas, à l'époque. Comment les égyptiens auraient-ils pu les fabriquer?

Les lignes apparaissant entre les rangées d'étoile du plafond de la pyramide d'Ounas (2300 av.J.C.) ne sont pas en relief; il s'agit de lignes peintes provenant du déplacement du pochoir, permettant de répéter les alignements des étoiles peintes sur le plafond.

On n'a jamais trouvé de traces de coffrages.

8) Teneur en eau.

G.Demortier: Des chercheurs américains, à la recherche de cavités dans le pyramide ont mis en évidence des teneurs en eau voisine de 13 %, ce qui est très supérieur à ce qu'on devrait trouver dans les pierres naturelle (maximum 2%).

D.Laboury: C'est normal puisque l'intérieur de la pyramide a été comblé par du tout venant, la compacité n'est pas la même.

Un intervenant confirme que les pierres calcaires mises en  contact avec l'atmosphère, absorbent l'humidité de l'air et le pourcentage d'eau dans les pierres peut atteindre les niveaux mesurés.

9) Exploration des conduits.

G.Demortier: Deux conduits rectilignes de section carrée de 20 x 20 cm, partent de la chambre du roi, et débouchent à 76 mètres du sol, au milieu des faces nord et sud; on ne connaît pas leur fonction (aération?).

Ils ont été explorés par le robot de R.Gantenbrink, portant une caméra. Celle-ci a montré qu'il n'y a pas d'interstices entre les deux arrêtes des flancs du conduit avec le plafond, mais uniquement à la base. Le robot n'a pas perçu de joints verticaux ou horizontaux caractéristiques des blocs taillés.

10) Sarcophage hors dimensions

G.Demortier:Le sarcophage trouvé dans la chambre funéraire a des dimensions supérieures à celles du couloir central d'accès. Comment ne pas penser qu'il a été coulé sur place?

D.Laboury: Il est en granit et a  été placé en cours de construction, de même que les énormes dalles en granit (40 tonnes) constituant la chambre de décharge.

11) Collection Mansoor

J.Davidovits: On a retrouvé dans les mastabas, des vases très durs, qui n'ont pas été taillés, mais moulés et durcis par une technique identique à la coulée du béton ou à la fabrication des géopolymères.

La collection Mansoor (statues antiques) a été réalisée dans l'antiquité, par le même procédé, et, hélas déclarées fausses par des spécialistes qui n'ont pas compris.

D.Laboury: Les vases retrouvés montrent des traces de taille et de polissage. Les pièces de la collection Mansoor sont des faux grossiers dont le style ne correspond pas à l'époque!

12) Les colosses de Memnon

J.Davidovits: A l'époque suivante les égyptiens sont revenus, on ne sait pourquoi, aux pyramides en briques crues, et aux pierres taillées pour la construction des temples. Par contre, les colosses de Memnon, 700 tonnes chacun et 19,5 mètres de haut ont été coulés au temps d'Aménophis III.

D.Laboury: Les colosses de Memnon ont été réalisés à une autre époque, (1.400 av. JC.). Pourquoi les égyptiens auraient-ils perdu la formule pour la retrouver 1.000 ans plus tard?

13) Stèle de la Famine

J.Davidovits: Le texte de la stèle de la Famine renferme la clé du secret de la fabrication des pierres coulées. Révélé aux seuls "initiés", le secret aurait été perdu.

D.Laboury: Cette interprétation de la stèle de la Famine est fantaisiste. Celle-ci (N.B: sculptée dans le granit), remonte à l'époque ptolémaïque, soit vers 200 av.J.C.. Le texte raconte la disette survenue sous le règne de Djeser, suite à l'insuffisance de la crue du Nil, 2.500 ans plus tôt (!) Cette stèle, située près d'Assouan - à 800 km de Guiza - n'a rien à voir avec un quelconque secret de construction des pyramides.

14) Ail, oignons et persil.

G.Demortier: D'après Hérodote (450 av.J.C.) , on a trouvé, sur la pyramide des inscriptions sur les consommations en "ail", "oignons" et "persil". Les anciens désignaient par là les ingrédients minéraux entrant dans la composition des pierres reconstituées, en les désignant par leurs odeurs.

D.Laboury: Pas du tout, ces plantes comestibles constituaient l'alimentation de base des ouvriers; il s'agit en l'occurrence d'une description d'offrandes. De plus, il faut se méfier d'Hérodote, qui a décrit la construction des pyramides plus de 2.000 ans après!

15) Excavations

G.Demortier: Le même texte d'Hérodote fait allusion au temps qu'il a fallu "pour faire sous terre les excavations": entendez par là, l'extraction du natron à ciel ouvert dans les mines au nord de Guiza.

Nota Bene: Curieusement, dans la même phrase, Hérodote parle aussi du temps nécessaire "pour tailler et conduire les pierres". Et ceci n'a pas été relevé lors de la conférence!

16) La technique du moulage montrée sur un bas-relief?

G.Demortier: Le bas-relief de la tombe de Rekhmire (1.400 av.J.C.) montre la fabrication du béton et le versement des ingrédients dans un moule.

D.Laboury: La lecture du bas-relief n'est pas correcte: Il faut lire horizontalement, niveau par niveau, comme une bande dessinée! Et le personnage qui verse quelque chose dans la bande supérieure, n'a pas de liaison directe avec le travail de l'ouvrier représenté dans la bande en-dessous de lui.

Par contre, un autre bas-relief montre la fabrication des briques.

17) Comment vérifier?

J.Davidovits & G.Demortier: Les officiels égyptiens n'accordent aucun crédit à la thèse du béton et refusent toute expérimentation et prélèvement sur place.

D.Laboury: Si les égyptiens avaient réellement inventé le béton, pourquoi ne l'ont-ils pas appliqué partout? Pour les réparations, par exemple. On constate, au contraire, des bouchages de fissures par des cailloux, des remplissages par de la chaux et des galets, donnant des amalgames hétérogènes, peu résistants. Si une sorte de béton avait existé, pourquoi ne l'ont-ils pas appliqué ailleurs?  Pourquoi ont-ils continué à réaliser des "maçonneries à sec", sans utilisation d'un quelconque liant?

D'autre part, on ne voit nulle part de traces de coffrages, ni de coulées dans les interstices.

18) Délais d'exécution

G.Demortier: :Pour construire la pyramide de Khéops, il aurait fallu extraire, transporter et manipuler 2.600.000 blocs de 2.5 tonnes (+/- 1 m), soit 6.500.000 tonnes!

En 20 ans, il fallait manipuler 130.000 blocs/an, soit +/- 356 blocs/jour de 12h  - soit 30 blocs/heure = 1 bloc mis en place et ajusté toutes les 2 minutes! Sans tenir compte des difficultés croissantes de la base au sommet.

Un participant fait remarquer que les temps de solidification et de durcissement excessif des blocs coulés (plusieurs mois) ne devaient pas permettre de réaliser, in situ, les quelques 2.500.000 blocs de la pyramide de Khéops, dans les 20 ans impartis.

D.Laboury: On dispose de pyramides qui se sont détériorées au cours du temps, ou qui  ont été démontées pour servir de carrières.

Pour construire les pyramides, les égyptiens on procédé par la démarche essai/erreur. Snéfrou, par exemple, a du construire 4 pyramides avant de trouver la bonne pente, celle du tas formé naturellement.

D'une manière générale, on a constaté que les pyramides ont été édifiées sur une bute initiale, une émergence visible, qui se retrouve englobée dans la masse de la pyramide. L'utilisation d'un pareil éperon permet d'épargner des matériaux et de gagner plus de 40 % du temps!

Les blocs sont ajustés sur place. On trouve d'autres exemples similaires dans le monde, par exemple le Manchu Pichu, au Pérou. On utilise des blocs irréguliers et on récupère l'assise.

Dire que la pyramide est dense et poreuse est un argument d'autorité, car on ne dispose pas de mesures. Le calcul des 2.600.000 blocs et des 7 millions de tonnes est fortement surestimé. En effet, on utilise le système des "backing stones", c'est à dire qu'on remplit l'intérieur de la pyramide avec du tout venant, moins dense.

Ceci a permis aux égyptiens d'économiser au moins 40 % de bons matériaux. Il en résulte que la quantité habituellement citée pour les blocs utilisés dans la construction doit sans doute être au moins réduite de moitié, soit inférieure à 1.300.000 blocs; ce qui paraît moins contraignant, mais reste malgré tout impressionnant.

Nous ne devons pas raisonner en ingénieurs du XXème siècle, car les anciens ne se préoccupaient pas du temps comme nous. On a retrouvé l'emplacement des cuisines des ouvriers de Guiza: il y avait de la place pour 18.000 hommes.



CONCLUSIONS

Si beaucoup de questions paraissent résolues, d'autres continuent à susciter le débat. L'homme aurait-il égaré un important secret de la science, pourtant facilement accessible à l'aube de la civilisation?

On ne peut pas dire que les intéressantes hypothèses, présentées par les protagonistes du "Tout-en-béton" , aient rejoint le point de vue des égyptologues, ni convaincu tout le monde.

Il y a cependant un point sur lequel tous sont d'accord, à savoir: Le génie et le savoir-faire des bâtisseurs de l'Egypte antique, qui ont réalisé ces fantastiques monuments qui défient le temps.



Critique de la théorie du coulage

CRITIQUES D'UN AUDITEUR à l'égard de la théorie du coulage

        (en rapport avec certains points de cette analyse)

1.  Il est à noter que selon l'aveu de J.D., il est possible d'avoir un durcissement assez rapide mais dans ce cas, l'aspect ne correspond pas à celui des blocs de la Pyramide.  Par contre pour obtenir un aspect comparable, un durcissement de plusieurs semaines (3 mois) est nécessaire.

Ce point sera repris par la suite dans l'analyse des temps mis à la construction.

L'argument qu'il fallait que les matériaux proviennent de la même rive que la construction n'a aucun poids puisque de toute façon les transports étaient assurés par bateaux sur le Nil. Qu'ils viennent de la rive gauche ou droite, de près ou de loin, avait donc peu d'importance (avec vents dominants pour remonter le Nil et courant pour le descendre). De plus, les autres monuments funéraires, même en briques ou en pierres taillées ont été construits sur la même rive ouest.

2. L'érosion des pierres des cathédrales construites il y a "seulement" 4 ou 5 siècles (et même avant la pollution industrielle) montre à suffisance les dégâts que peuvent causer au fil des siècles sur des pierres tendres les alternances d'eau et de sécheresse, du chaud et du froid, le vent.

7. Ce type de coffrage est irréaliste, car:

       
  • les égyptiens avaient peu de bois de bonne qualité,

       
  • ils n'avaient pas les outils pour réaliser des rainures assez précises pour assembler les planches,

       
  • ces rainures n'auraient pas supporté la pression du liquide coulé, elles n'auraient pu être réutilisées par la suite après démoulage, vu l'engorgement des rainures par le béton séché.

Et comme les clous n'existaient pas encore, comment auraient-ils assemblé des planches sans laisser de marque dans les blocs coulés (cordes, chevilles)?

Pourquoi faire des planches standardisées à la palme, même sacrée, alors que dans une telle construction il faut utiliser les matériaux de la façon la plus économique, donc sans déchets inutiles.

De plus les mesures au télé sans référence sur la pyramide (un mètre p.ex) sont des plus approximatives, sans doute à 5 ou 10% près.  Alors sur un coffrage qui compte 12 ou 15 planches (une planche = 7% de la longueur du coffrage), vouloir y voir un multiple d'une mesure sacrée au pour mille relève du fantasme mais pas d'un esprit scientifique.

8.  D'une part il y a sûrement des eaux de ruissellement et surtout de condensation qui se sont accumulées dans les cavités et les poches dans et entre les pierres.  D'autre part, l'érosion naturelle des pierres les plus exposées les ont rendu poreuses donc retenant les eaux (voir déclaration du géologue).

9.  Comment ont-ils démoulé le coffrage intérieur d'un conduit de 20 cm x 20 cm sur plusieurs dizaines de mètres de longs?

13.  Un secret qui se perd dans une confrérie de bâtisseurs travaillant avec des dizaines de milliers d'ouvriers, cela ne s'est jamais vu. Comme de plus une telle technique était plus économique en temps et travail, elle aurait été appliquée le plus largement dans toutes les constructions et pas seulement aux pyramides.

17.  Une expérience simple à réaliser (avec l'accord des autorités égyptiennes) qui répondrait définitivement à cette question serait de soumettre quelques petits échantillons prélevés (avec marquage de leur orientation) sur des blocs de la pyramide à un test d'orientation magnétique. En effet au moment de leur cristallisation, toutes les roches "s'imprègnent" du champ magnétique local, en intensité et en direction. Cela permet entre autre de dater des roches par référence puisque le champ magnétique a beaucoup varié dans le temps (y compris jusqu'à l'inversion des pôles nord et sud). Le professeur L.KOENIGSFELD, à l'observatoire magnétique de Manhay (Université de Liège) a souvent fait de telles mesures pour des géologues.

Donc, si les différents blocs de la pyramides ont des orientations magnétiques différentes cela prouve qu'ils ont été montés de façon aléatoire (et on ne peut concevoir que les bâtisseurs se seraient "amusés" à les remettre dans le sens qu'elles occupaient avant leur extraction de la carrière !), sinon si tous les blocs ont la même orientation magnétique (correspondant au champ magnétique terrestre de l'époque de la construction des pyramides) cela prouverait que ces blocs ont été cristallisés à leur emplacement actuel, donc coulés.

18.  Si les pyramides sont construites avec une pente correspondant à celle d'un tas naturel, c'est parce que la majorité de leur masse n'est pas structurée mais entassée sans ordre.  Si les pyramides avaient été faites de blocs réguliers soigneusement empilés, elles auraient pu s'élever verticalement et donc être plus hautes avec le même nombre de blocs (la plus grande hauteur étant un objectif important, plus que le volume).  Les "erreurs" montrant des pyramides tronquées ou effondrées viennent du fait que le remplissage de la structure externe par du tout-venant créait une pression latérale trop importante pour les blocs externes.



Si donc on utilise une proéminence naturelle pour asseoir la pyramide, il est raisonnable de penser qu'on peut gagner 30 à 40 % du volume construit apparent.  Si l'on considère que le remplissage interne peut représenter 60 à 70 % du volume total, il ne reste "que" moins de 600.000 blocs à tailler, transporter et installer, le reste étant des petits déchets plus facile à amener et déverser.  Soit sur 20 ans, 30.000 blocs par an.  Sur le site de la pyramide (hors carrière), il y aurait eu jusqu'à 18.000 hommes.  Si l'on forme des équipes de 100 hommes pour manipuler et installer des blocs de 2,5 tonnes (25 kgs/homme) cela nous ramène à poser un bloc par équipe en 2 jours.  Si les derniers blocs demandaient beaucoup d'efforts pour les hisser au sommet, en revanche les premiers niveaux (représentant la grande majorité du volume) devaient s'installer beaucoup plus vite.

Entre l'assertion "1 bloc toutes les 2 minutes" et celle "1 bloc en 2 jours par équipe de 100 hommes",  qui pourtant traduisent le même phénomène, notre esprit rejette la première tandis que la seconde nous semble acceptable.

Alors, pourquoi pas des pierres naturelles?

                                                André KOENIGSFELD



COMMENTAIRES du Comité:

Le point 17 nous semble le seul moyen de trancher définitivement entre les deux théories. Nous aimerions toutefois le compléter - ou peut-être, afin de lever l'interdit des autorités égyptiennes relatives à des prélèvements, le remplacer - par une autre expérience consistant à déplacer un ou deux blocs afin de permettre l'examen de leur faces en contact avec celles des blocs voisins. Les moyens de levage actuels permettraient de remettre ces blocs en place très aisément sans abîmer les lieux.

On pourrait ainsi s'assurer de l'existence ou non d'un emboîtement parfait des irrégularités des faces en contact, emboîtement inévitable dans le cas d'un matériau coulé.



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mercredi 28 juin 2017 
Auteur : Comité Para / O. Mandler
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