DOSSIER : La radiesthésie policière, un fléau !

Depuis son origine le comité a insisté à diverses reprises sur l'inanité des prétentions des radiesthésistes qui ne reposent sur AUCUNE base scientifique. Ceci est notamment vrai pour la recherche des personnes disparues. Voici ce qu'écrivaient en 1953, après avoir décrit une série de cas précis, Albert Bessemans, professeur à l'époque à l'Université de Gand et Paul E.G. Levy, Professeur à l'Ecole des Hautes Etudes de Belgique à Bruxelles respectivement, le premier, président et le second, membre fondateur du comité (1).

.... Notre conclusion est formelle : actuellement, en dehors de hasards heureux, la radiesthésie dite policière ne doit à sa seule technique spécifique aucun succès réel. Il faut se méfier des informations sensationnelles non contrôlées, et ne les accueillir qu'avec un esprit critique en éveil. Le pouvoir extraordinaire attribué au fameux « homme radar » Peter Hurkos (2) dont toute la presse a parlé ne s'est pas vérifié. La radiesthésie est en particulier incapable de trouver les lieux où se trouvent des absents ou des disparus. Disons plutôt qu'elle peut le faire au même titre que celui qui jouerait aux fléchettes sur une carte ou qui tirerait d'un sac de vieux billets de chemins de fer, tombant ainsi parfois sur des coïncidences. Mais cela suffit-il pour orienter une enquête judiciaire ou pour affoler de malheureux parents de disparus ? On n'aura pas de peine , croyons-nous à formuler la réponse.

 

Plus près de nous en 1997, nous avions répondu à une demande de contact faite par l'état-major de la gendarmerie et nous avions discuté de ces problèmes notamment avec le lieutenant Remue, responsable à l'époque de la cellule nationale de disparitions (3). Une directive ministérielle avait précisé e.a. en juillet 1997 :

En tout cas l'expérience nous apprend deux points importants

  • La piste des voyants n'a jamais permis d'obtenir un résultat positif tangible (c'est nous qui soulignons)

  • Ces pseudo-scientifiques sont à l'origine d'une surcharge de travail pour les services de police dont ils pourraient facilement se passer dans les enquêtes importantes

 

En juillet 2006, le commissaire Remue, toujours en charge de la cellule disparitions, déclarait dans la Dernière Heure récuser tout à fait la pertinence de l'intervention des voyants et magnétiseurs donnant de faux espoirs aux parents et faisant perdre du temps aux enquêteurs (4).

Lors des débats au cours du procès Fourniret-Olivier en avril 2008, il est apparu que des centaines de radiesthésistes, voyants , médiums étaient intervenus sans aucun résultat.(5)

 

L'affaire Gregory Villemin (Ce petit garçon fut retrouvé lié et noyé dans la Vologne en octobre 1984) n'a pas échappé à cette nuisance. Voici ce qu'écrit à ce sujet un des responsables de l'enquête dans son livre (6) :

…Enfin, il y a les magnétiseurs et autres voyants qui viennent nous proposer leurs services. On nous envoie des dessins et schémas réalisés à la suite d'un rêve. Certaines fables prêtent à sourire, comme cet anonyme qui nous relate un songe avant de conclure : « J'ai vu l'assassin, c'est une femme, son prénom serait Pierrette, elle est l'épouse de l'amant de mon ex-femme… ». Un institut de parapsychologie nous adresse un portrait établi sous hypnose. Quant aux adeptes du pendule et détecteurs d'ondes, ils se manifestent par dizaines. Leurs interventions entravent plus qu'elles ne facilitent les recherches. Mais il n'est pas rare que des familles désemparées s'accrochent au moindre espoir et nous obligent à accepter la coopération de radiesthésistes et à suivre leurs indications. J'avoue pour ma part n'avoir jamais constaté la valeur opérationnelle de leurs « dons » ou de leurs instruments. Je me souviens de la disparition tragique d'un jeune homme que des radiesthésistes affirmaient prisonniers d'un élément liquide. Nous avions alors sondé étangs et rivières avant de le retrouver mort dans un grenier ! Et je pourrais multiplier les exemples… Dans cette enquête nous avons reçu de nombreux appels, certains parfois vindicatifs. Des ultimatums nous seront même adressés, nous enjoignant de coopérer, sans quoi les résultats obtenus seraient communiqués à la presse.

 

Comme on peut le constater rien n'a donc changé dans la réalité. Les interventions de ces illuminés sont toujours aussi vaines. Par contre, on assiste à une diffusion de plus en plus fréquente de séries ou de téléfilms dans lesquels sont présentés des médiums capables de retrouver assassins ou personnes disparues et même d'enquêteurs officiels doués du don de vision leur permettant de résoudre les énigmes qui leur sont soumises et ceci aussi bien dans la production anglo-saxonne que dans la production française. Les acteurs en sont souvent bons ou très bons, les intrigues bien montées, la réalisation de qualité. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que le succès soit au rendez-vous. La conséquence en est une banalisation de ces mystérieux pouvoirs et l'impression diffuse chez pas mal de gens qu'il pourrait bien y avoir quelque chose de vrai dans tout cela et la tentation dès lors d'y avoir réellement recours le cas échéant.

Pourtant, on peut, à bon droit, selon nous, s'interroger sur le sérieux de ceux qui prétendent en mettant par exemple un pendule au-dessus d'un plan pouvoir, par ses mouvements giratoires, découvrir l'endroit où une personne ou le corps de celle-ci serait caché. Cela nous semble relever de la pure fumisterie. Les multiples échecs et les prétendus succès se révélant faux, quand ils sont soigneusement contrôlés, le démontrent à suffisance..

Il faut insister inlassablement sur le fait que de nombreux enfants disparus sont toujours recherchés malgré d'innombrables et permanentes interventions de « parapsychologues » !

Cette simple mais incontournable et affligeante constatation ne devrait-elle pas suffire pour que cessent ces pratiques qui témoignent d'une vision quasi « magique » de notre univers ?


Michel SOUPART - Comité Para / nov. 2008

 

  (1) La radiesthésie dite policière et la recherche des disparus, Revue Internationale de criminologie et de police technique, vol. VII, n° 4, octobre décembre 1953, pp. 276 à 279.

(2) 1921-1988. Né en Hollande, ce prétendu clairvoyant, a connu une célébrité mondiale fabriquée (comme Uri Geller). Plusieurs succès lui ont été attribués faussement. Il a été testé une fois par le professeur Bessemans et a échoué (Article du Moustique du 28 décembre 1948 dont des extraits ont été reproduits dans les Nouvelles Brèves n°54, pp.601 à 603).. Il existe près de 3000 entrées sur ce personnage sur le Net.

(3) Nouvelles Brèves n° 64, Une directive ministérielle belge concernant la recherche des personnes disparues.

(4) Trait d'Union n° 64, Juin 2008 ; Par.1.

(5) Nouvelles Brèves n° 72, Quand les voyants s'en mêlent et s'emmêlent, pp.1253,1254.

(6) Les deux affaires Gregory, Colonel (e.r.) Etienne Sesmat, Pocket n°13519, pp. 60,61.


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mercredi 28 juin 2017 
Auteur : Comité Para / O. Mandler
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